08.09.2009

1er recueil : Poèmes des sombres jours

Poèmes des sombres jours,  

 

Tommie LUCAS, 

 

 éditions Bénévent, 10.5 €

 

 

Sur commande en librairie et sur le web (fnac.com, alapage.com, Editions Bénévent), sortie le 15 septembre 2009.

 

  

 

 " Dans ses Poèmes des sombres jours, Tommie Lucas propose un univers à la musicalité un peu rock, sans tabous, qui sort des sentiers balisés de la poésie conventionnelle, oscillant parfois entre slam et chanson.

  

Avec pour fil rouge les affres de la souffrance morale et de la crise existentielle, Tommie pénètre le monde de la maladie mentale et de la marginalité, dans une société en butte à la différence et qui impose d’entrer dans des cases bien définies.

  

Ayant travaillé quinze ans en services de soins psychiatriques et connaissant les deux côtés – pas si opposés – de la blouse blanche, elle s’immisce dans les méandres torturés de l’émotion brute.

  

Rejet, peur, mépris, honte, préjugés, culpabilité, incompréhension, espoir… La gamme des sentiments visités est large, et n’a de cesse de l’inspirer."

 

 

 

Vous pouvez retrouver Tommie sur son blog et ses différentes pages web :

Blog : Géométrie variable

Myspace : Tommie Lucas (Tommie Lucas) | MySpace

Facebook : Facebook | Accueil

 

Ou lui écrire vos commentaires et impressions directement : tommie.lucas@orange.fr

 

 

 

Le mot de Tommie :

 

Ces trente-huit poèmes sont les premiers que j’ai écrits, de juin 2007 à août 2008. A suivi un deuxième recueil intitulé « Sur ondes saturées », qui peut-être trouvera un éditeur si « Poèmes des sombres jours » trouve des acheteurs et lecteurs satisfaits. C’est pourquoi je vous demande d’avoir la gentillesse de faire passer cette pub à tous vos contacts et de ne pas hésiter à poster des commentaires partout où vous le souhaiterez. Ce geste est un des seuls moyens de faire connaitre mes écrits en dehors de mes propres amis et contacts. Je vous en remercie par avance.

Je répondrai avec plaisir à chacun de vos posts et mails chaque fois que j’aurai accès à internet (je m’absente souvent pour de longues semaines).

 

 

Les larmes de la lune,

blanches et frigorifiées,

viennent inonder les dunes

des âmes cabossées… 

                                            

 

                                     

                          Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts

                          depuis que je me suis enfuie

                          et ce n’est pas par coquetterie

                          que j’en garde une trace sur le front…

 

 

 

Merci à tous.

 

Tommie

 

A bientôt...

... dans quelques mois. Je repars dans mon refuge, histoire de continuer les soins, avec l'espoir d'en avoir de moins en moins besoin avec les années.

Mais ne vous croyez pas débarrassés de moi comme cela : j'irai de temps en temps vous surveiller depuis l'espace public numérique du village ;-)) et peut-être poster quelques poèmes. Enfin... si je vois que j'ai des visites et des coms. Sans quoi voilà un blog qui pourrait disparaitre. Suffit d'un clic, et hop ! plus de géométrie variable. Ben ouais, je ne démords pas de cette vision du partage !!!

Avant de partir, je poste un billet à l'occasion de la sortie de mon bouquin. Tous les coms, même pas sympas, seront les bienvenus. Je crée une "catégorie" exprès pour retrouver le billet sans problème. Aucune excuse ne sera valable, lol. Et n'oubliez pas : le bouche-à-oreille est la seule vraie pub pour moi. Alors n'hésitez pas à en parler autour de vous, à envoyer des mails à toutes vos connaissances, à faire de la pub sur votre propre site...

Merci à tous, et portez-vous bien  ;-)

Tommie

Cercueil de nuit

routes-france-1293865301-1106513.jpg

 

 

Pas de radio, pas de musique,

seulement l’asphalte qui défile…

 

C’est ainsi que tu calmes tes nerfs

quand dans ton âme’ gronde la colère,

et que tu fuis la confrontation,

ta crainte de la domination.

 

Faut dire que t’as compris la tactique

à force qu’on te serve sur un pic

la vach’rie sensée te faire souffrir,

les sales’ coups sensés te démolir.

 

Il t’en a quand même fallu du temps

pour ne plus pisser contre le vent,

pour admettre qu’ils sont les plus forts

même quand tu sais qu’ils sont dans leur tord.

 

Pas de radio, pas de musique,

seulement l’asphalte qui défile…

 

C’est bien aussi pour les coups de blues

quand tu te sens en plein dans la loose.

Tu peux déverser comm’ trombes d’eau

tout le malheur qui te fait fardeau.

 

Personne ne te voit dans la nuit

ni ne peut entendre tes longs cris.

Tu n’es qu’une’ paire’ de phares anonymes

qui camouflent un pauvre type infirme.

 

Tu files droit jusqu’à l’apais’ment,

quand tout te devient indifférent.

C’est la fatigue qui fait son œuvre

et te fait oublier les couleuvres.

 

Pas de radio, pas de musique,

seulement l’asphalte qui défile…

 

 

Tommie

02.09.2009

Les esprits obtus ne souffrent pas la différence

folie-1.jpg

 

 

 

 

Au fond des gouffres abyssaux

hurlent des fauves aux vieux crocs

jaunis et cariés par le temps

infini du ressentiment.

 

Ils sont la vérité de l’être

engoncés dans le paraitre

que leur impose la coutume

de se vêtir d’un beau costume.

 

Un être du superficiel

qui se perd dans le cheptel

des humanos assermentés

à produire pour la société.

 

Regroupés un peu en retrait,

des hommes aux trop larges plaies

tentent de survivre au chaos

de leurs pauvres âmes en lambeaux.

 

Eux n’ignorent pas l’existence

des entrelacs de l’inconscience

qui les ont jetés miséreux

sur les chemins du tortueux.

 

Ils déambulent en parallèle

sous le joug des briseurs d’ailes

qui leur volent la dignité

à laquelle ils ont tant rêvée.

 

Mais quelle vie méritent-ils

ces acharnés de l’inutile

empêtrés dans leur maladie

qui leur fournit un alibi ?

 

Sont-ils réellement infirmes

comme leurs médecins l’affirment

de leurs connaissances douteuses

à la science un peu hasardeuse ?

  

Au plus profond de leurs douleurs

ils supplient les fauves grogneurs

de leur avouer leur vérité

pour les aider à se soigner.

 

Ils ne manquent pas d’occupations

entre travail d’introspection

et gestion de leur quotidien

qui les épuise dès le matin.

 

Ils savent les vilaines pensées

de ceux qui ont pu résister,

et se prennent en plein la souffrance

d’évoluer dans la différence…

 

 

Tommie

01.09.2009

Trois nouvelles sculptures

HPIM0464a Ma 1ère tête (profil).jpg

Trois nouvelles sculptures dans l'album photos du même nom :

- Ma première tête, face et profil

- L'homme et son chien

- Chien mutant de Tchernobyl

Evidemment, toujours niveau débutant, mais ça progresse, mine de rien ;-) Et puis chaque nouvelle sculpture est un nouvel apprentissage puisque j'essai de varier mes travaux.

 

31.08.2009

L'innocence sous les missiles

enfantIrak.jpg

 

 

 

Le fossoyeur n’a plus aucun repos,

et guère de places encore,

pour tous les pauvres corps

de ceux qui sont tombés sous le fléau.

 

Dès l’aube, il s’en va creuser dans le sable

d’un cimetière de la Bande,

où déjà certains l’attendent,

les bras sous le poids de l’abominable.

 

Il pelte du plus vite qu’il le peut,

sous les regards criants

et les yeux suppliants

des gazaouis au teint cadavéreux.

 

Tour à tour on enterre un parent,

dans la terrible douleur,

mais sans oublier la peur

de ceux qui, du ciel, font couler le sang.

 

Le geste en devient presque machinal,

sous la pression des missiles

de l’offensive facile

des odieux commanditaires de Tsahal.

 

Mais c’est avec mille précautions

qu’il se charge des bambins

si légers dans ses deux mains,

qu’il en est proche de la convulsion…

 

 

Tommie

24.08.2009

La rage et la tristesse

 

advisory.gif

 

 

 

 

Un froid mordant enveloppe les échines,

un silence lourd accuse la débine.

Souvent, quelques cris viennent libérer les haines

qui fermentent aux cœurs et pourrissent l’haleine.

 

Une haine sensée combattre la déprime

et la rage qui ceinture leurs enzymes.

Une saleté qui les bouffe depuis longtemps

et va jusqu’à leur empoisonner les sangs.

 

Une valse noire au temps de la rancœur

qui tournoie, tournoie, libérant les cutters

qu’ils se balancent à la tête tous les trois pas,

lacérés à en espérer le trépas.

 

Sous le mordant, la tristesse les envahit,

les confinant dans une éternelle nuit.

Les larmes luisent en rigoles sur leur peau

et se combinent à tisser leurs oripeaux.

 

Ainsi vêtus du costume du malheur,

ils errent, dépités, en attendant l’heure

que leur cauchemar prenne subitement fin,

qu’on les emporte dans une boite en sapin.

 

 

Tommie

LAMBEAUX Charles JULIET

Juliet-lambeaux-jpg.jpg

 

Résumé

Récit autobiographique, « Lambeaux » raconte par fragments la vie de sa mère naturelle, puis celle de sa mère nourricière, en s’adressant directement à elles (emploie du « tu »). On y découvre également la genèse de son œuvre et son difficile apprentissage de l’écriture.

        La mère naturelle connait une enfance paysanne dans la France du début du XXème siècle. Dure discipline des travaux des champs, austérité du cadre familial. Aînée d’une fratrie de quatre filles, elle se charge de ses sœurs avec une abnégation sans faille. Mais elle ne parvient pas à s’épanouir et son mal de vivre va croissant, qui l’entrainera dans ce qu’il y a de pire…

        Recueilli bébé par une nourrisse, l’auteur découvre amour et douceur dans une autre famille paysanne qu’il aura du mal à quitter pour devenir enfant de troupe, dans une école militaire où il va découvrir son goût pour la littérature. Au point de décider, dès les études écourtées, de devenir écrivain et de ne se consacrer qu’à cela.

 

 

Analyse

 

         La vie et l’œuvre de Charles Juliet sont indissociables. Pour lui, l’écriture n’est possible que dans la mesure où elle permet de résoudre des conflits intérieurs et de les dépasser.

Par ailleurs, la passion (censurée) de sa mère naturelle pour la lecture et l’écriture semble avoir été donnée à Charles, sans qu’il l’ait connue. Une filiation s’exerce là, comme si Charles devenait le prolongement, le désir réalisé, d’une mère à la vie déchirée qui ne pouvait s’éteindre ainsi.

           Juliet rend hommage à ses deux mères, et plus encore à celle qu’il n’a pas eu le temps de connaitre. En effet, la plus grande partie du livre lui est consacrée et Juliet, par la description plus intérieure qu’extérieure qu’il en fait, montre une femme courageuse, dévouée et passionnée, mais dont les passions seront chaque fois réprimées d’une façon ou d’une autre. Une femme bien trop différente intrinsèquement de celles de son milieu d’origine pour pouvoir s’épanouir. Une femme qui se laissera ensevelir par un monde paysan fermé, dans lequel elle ne se retrouve pas, jusqu’à sa mort effroyable…

           Le thème de l’identité est majeur dans « Lambeaux ». D’abord celle de la mère naturelle qui cherche, se questionne, tente de trouver des réponses dans la Bible (son seul livre permis), qui se dévoue toute entière aux siens, mais qui sent là une faille presque honteuse. Une femme dont la pensée ne s’arrête jamais aux simples gestes du quotidien, qui tente d’aller toujours plus loin dans la connaissance d’elle-même et du monde des autres. Mais qui finit par tourner inlassablement en rond.

Et puis la quête d’identité de Charles lui-même qui, bien qu’aimé et choyé dans sa famille d’accueil, s’en échappe en devenant enfant de troupe, puis étudiant en médecine, puis professeur. Avec en toile de fond sa passion pour l’écriture, qui grandit avec lui, et le mène à tout abandonner pour ne se consacrer qu’à cela.

             Bien avant que Charles évoque son besoin ardent de se plonger dans l’écriture, celle-ci est en permanence évoquée dans le récit de la vie de la mère naturelle. Tant parce qu’elle rêvait de sortir – entre autres grâce aux livres et à l’écriture _ du milieu étouffant dans lequel elle vivait, que parce qu’elle tenait un petit journal intime, secret, de ses questionnements, de ses tentatives de réponses… Journal que Charles aura probablement eu plus tard entre ses mains, si l’on reconstitue logiquement le récit. Sinon comment aurait-il pu décrire si précisément cette mère ?

Mais surtout, l’acte d’écrire ne lâche pas le récit dans la mesure où l’introspection – de la mère et du fils -, la pensée, ne se développent, ne se dénouent que grâce à l’écriture, sur du papier, ou bien par l’écriture symbolique dans l’acte de penser. On en revient donc, par le fil du récit, à la certitude de Juliet que c’est par l’écriture, si difficile, que l’on peut dépasser ses propres conflits…

 

 

Mon avis

 

            En commençant à lire  « Lambeaux » j’espérais surtout entendre parler de l’écriture – préoccupation personnelle oblige -, du travail de celui qui veut « faire » des livres, le récit de la vie des deux mères me rebutant par avance. Et puis, au fil de ma lecture, j’ai senti combien était important l’acte d’écrire, ou la pensée d’écrire, du début à la fin de l’histoire, comme un fil conducteur très bien mené.

               Juliet donne vraiment l’impression que le récit de la vie de ces deux femmes et de sa propre jeune existence n’est possible que par le concept d’écriture. Pas clair mon truc ! Disons que c’est comme si l’histoire de ces trois personnages n’aurait pu être dévoilée sans le travail d’écriture que Juliet a dû faire pour se révéler à lui-même.

              Un bien beau livre en vérité, qui, de plus, permet à ceux qui, comme moi, rêveraient d’être écrivains, de trouver quelques indices et encouragements à faire la démarche d’écrire sans cesse, jusqu’à ce que quelque chose de beau et cohérent en sorte. L’écriture comme une finalité (plaisir), l’écriture comme le moyen d’avancer dans la connaissance de soi-même et de digérer nos conflits…

 

 

 

Extraits

 

-          «   Tu trouves dans ces textes un peu de ta souffrance, de tes doutes, de tes brèves révoltes, de tes espoirs, et quand tu les relis, les médites, tu as l’impression qu’ils te révèlent à toi-même. Ta hantise est de mourir sans avoir vécue, sans avoir pu apaiser ta soif, sans avoir rencontré ce que tu ne saurais dire mais qui te fait si douloureusement défaut.

Ces questions qui te tournent dans la tête, elles t’épuisent. Certains jours, il arrive que sans t’en rendre compte, tu t’interrompes de travailler, saisie par l’une d’elles. Mais la réponse ne vient jamais, et chaque fois, la déception que tu éprouves, s’ajoute à ta désespérance, ta fatigue.  “ 

 

 

-          «   Tu songes de temps à autre à Lambeaux. Tu as la vague idée qu’en l’écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu’elles ont toujours tu.

Lorsqu’elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s’avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots

                  ceux  et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance

                  ceux et celles qui s’acharnent à se punir de n’avoir jamais été aimé

                  ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se haïr

                  ceux et celles qui n’ont jamais pu parler parce qu’ils n’ont jamais été écouté

                  ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte

                  ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge

                  ceux et celles qui n’ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse. »       

  

Charles JULIET

Juliet_Charles.jpgCharles Juliet naît en 1934 à Jujurieux (Ain), il est le quatrième enfant d’une famille paysanne. Un mois après sa  naissance, sa mère tombe dans une grave dépression et est enfermée dans un hôpital psychiatrique, qu’elle ne quittera qu’à sa mort. Juliet est placé dans une famille adoptive voisine. A l’âge de sept ans, il apprend le même jour l’existence et la mort de sa mère biologique. A douze ans, il étudie dans une école militaire à Aix-en-Provence jusqu’à ses vingt ans, puis est admis à l’école de santé militaire de Lyon. Mais à vingt-trois ans, il renonce à ses études pour se consacrer à son besoin d’écrire, nécessité envahissante et aussi moyen de se connaÏtre et d’exhumer ses blessures. La forme du journal va rapidement s’imposer à Juliet et il va le tenir pendant des décennies. Puis il s’essaye à la poésie, à la nouvelle et au théâtre. Il va travailler quinze ans avant de voir paraitre Fragments aux éditions de l’Aire en 1973. Dès lors il publie énormément, notamment chez POL (entre autres son Journal en cinq tomes, Rencontres avec Samuel Beckett, …). En 1989, L’Année de l’éveil (POL) lui permet d’aborder la forme du récit à travers son histoire personnelle, en l’occurrence son expérience à l’école militaire et sa jeune vie d’adulte. C’est ce récit et plus tard Lambeaux (POL, 1995) qui le feront connaitre du grand public. Si Juliet s’est essayé à plusieurs formes d’écriture, son œuvre montre une unité certaine. Unité de thème d’abord, son œuvre est traversée par la recherche de soi : « Je n’ai jamais décidé d’employer telle ou telle forme. Cela s’est fait au fur et à mesure de mon cheminement. De toute manière, quel que soit mon mode d’écriture, j’ai le sentiment que je dis toujours la même chose. Il est sans cesse question de cette même aventure intérieure. Je ne sais rien d’autre. » (Charles Juliet en son parcours, entretiens avec Rodolphe Barry). Unité de style ensuite, il choisit une langue sobre, précise et qui élimine tout élément inutile.

Source : littexpress

 

16.08.2009

Les tournent-pas-rond

 

 

folie-1.jpg

 

 

A l’asile où on se réfugiait

on cautérisait nos larges plaies

à la flamme du profond chaudron

où l’on ébouillantait nos démons.

 

Alors, dès la grand-messe achevée

on repartait les pieds moins gonflés,

mais les poches désespérément vides

de mordant et de rêves avides.

 

Puis on allait un peu s’isoler,

savourer le calme retrouvé.

On essayait la lévitation,

mais on retombait sur nos moignons.

 

Et dès le soleil disparu,

on sentait l’angoisse revenue,

qui allait nous aiguiser les sens

et remettre en branle la souffrance.

 

Les nuits s’éternisaient d’insomnie,

qui déroulait le fil de la vie.

On s’endormait au petit matin,

épuisés par le sombre chagrin.

 

Le jour, on errait sous la fatigue,

dansant une maladroite gigue,

comme des pantins désarticulés,

les membres tous tarabisquottés.

 

Ce n’était pas tous les jours coton

de répondre aux sollicitations

de nos compagnons en blouses blanches

toujours prêts à tirer par la manche.

 

Alors on se laissait un peu faire,

pas mécontents de voir qu’ils s’affairent

pour chacun des cas particuliers

qui formaient notre communauté.

 

 

Tommie

11.08.2009

Gare aux morilles

 

440036263.jpg

 

On est allé aux champignons,

bien qu’on n’y connaisse rien.

Papa a dit : « On prend que des morilles ! »

Quoi ??? J’avais compris « gorille ».

 

Armés de nos petits paniers,

on s’est enfoncé dans la forêt.

Ca sentait bon la mousse,

et c’était tout d’or coloré.

 

Au bout d’une heure, papa s’est écrié :

« Stop. Je suis tombé sur un nid ! »

Alors on a tout ramassé

et on est rentré, tous ravis.

 

Papa a préparé l’omelette

sous le regard attendri de maman.

Moi j’ai mis les assiettes

et les couverts en argent.

 

Et la dégustation a commencé.

Un goût assez inattendu…

Papa : « T’es sûre qu’ils étaient frais tes œufs ? »

Maman, un peu vexée : « Evidemment, c’est moi qui les ait pondus ! ».

 

Rassasiés et un peu déçus, mais joyeux,

on s’est installé devant la télé.

On se sentait las et un peu ramollos.

Et puis qu’est-ce qu’on avait chaud !

 

Le présentateur du JT avait un gros nez.

Alors on a mis nos oreilles, posées sur la cheminée.

Il a parlé de la baisse du pouvoir des chats,

nous on s’est moqué de ces pauvres minous.

 

Après, il y avait l’élection de miss France.

Du coup on est reparti sur cette histoire de mistigris.

Et puis comme Madame de Fontenay avait mis un chapeau trop grand

ben on ne lui voyait plus que les dents.

 

 Après avoir bien ri, on s’est endormi.

Comme ça, sur le canapé, avachis.

Les ronflements de papa nous ont réveillés dans la nuit.

On était tous un peu nauséeux et groguis.

 

En regagnant ma chambre,

un peu chancelant,

j’ai entendu maugréer maman :

« Elles étaient pas fraiches tes morilles, hic ! ».

 

 

Tommie

 

 

 

 

Désolée, mais j'avais prévenu que mon humour était spécial. N'est-ce pas Nath ? ;-)

04.08.2009

Les passagers du néant

Maigre.jpg

 

 

 

 

 

Le mal à travers nos veines

serpentait sournoisement,

telle la vipère cornue

du désert de nos sentiments.

Son venin pourrissait nos nerfs

qui tressautaient dans des spasmes d’avertissement.

 

Nos yeux en disgrâce

parcouraient un horizon exsangue

de tout affect belliqueux,

et nos pattes maigres portaient à grand peine

nos velléités amoureuses,

qui se résumaient à paillettes de feu.

 

On buvait notre urine

pour cacher le goût du sang

qui perlait depuis nos âmes

jusqu’à nos orteils explosés,

parce qu’on avait perdu nos pompes

dans un cauchemar ambulant.

 

Une poussière rouge s’élevait du sol

et se collait à nos cheveux crasseux.

Nos vêtements en loques

se sauvaient avec le vent,

laissant apparaître nos corps si décharnés

que l’on pouvait les voir par transparence.

 

Du coup on savait

quand l’un de nous mourait.

Tous ses fluides descendaient,

en file indienne,

vers la porte mortuaire

qui ouvrait sur un paradis blanc.

 

Alors on l’accompagnait

en sifflant des airs lunaires

qu’on avait appris étant enfants.

Et quand nos becs, asséchés,

n’émettaient plus de chants,

le copain partait en volutes de cendre.

 

 

Tommie

30.07.2009

Salut champion

 
On the road mon loulou...
Ballade sur la Loire 10.2006 (1).jpg

26.02.2009

Y'a toujours un quai...

Trains%20-%20002.jpg

 

 

 

 Toujours à vouloir aller plus loin

Toujours à regarder vers ailleurs…

 

Pourtant t’avais de l’or au bout des doigts,

pourtant t’avais de l’or dans la voix.

Y’a toujours des pourtant mon ami,

des pourtant toujours freinés par la vie.

 

Il y a des voies de chemins de fer

qui aguichent tes rêves solitaires.

Des rames qui te conduisent pour perpète

dans les songes anarchiques de ta quête.

 

Dans tes nuits, tu remontes les wagons

qui te ballotent dans leur doux ronron.

Odeur de cuir et de tabac froid,

la dame t’empêtre dans tes émois.

 

Le jour, tu marches entre les rails, rêveur.

Tu comptes les traverses, sans erreur.

Ou tu regardes droit vers l’horizon

qui te promet un tas d’autres versions.

 

Toujours à vouloir aller plus loin

Toujours à regarder vers ailleurs…

 

Souvent t’enrages à t’en péter les dents

et tu sanglotes tel un petit enfant.

Tu t’imagines fixant le prochain train

droit dans les phares, un ultime destin.

 

Alors tu continues à t’engager

chaque fois plus loin sur la voie ferrée.

Tu découvres de nouveaux paysages

à mesure que tu avances en âge.

 

Le mystère bataille contre la candeur,

la liberté dévoile sa noirceur.

La raison l’emporte sur le frisson

et te révulse le cœur en moisson.

 

Tu sais qu’un jour tu regretteras

de ne pas avoir aiguillé tes pas

vers le quai désert qui t’appelait,

vers la vieille loco qui toussotait.

 

Toujours à vouloir aller plus loin

Toujours à regarder vers ailleurs…

 

 

Tommie

 

A celui qui m'a inspiré ce texte et qui se reconnaitra ;-)

 

 

Rêves fugaces

 

200389837-0011.jpg

 

 

 

Parfois la solitude se fait encore plus pesante,

enveloppant de ses tentacules la pénible attente

née de rêves déments par lesquels tu te laisses berner,

dans une crise folle de désirs et d’avidité.

Il suffit d’un mot réconfortant, d’un sourire sincère,

pour réveiller la naïveté rangée sur l’étagère.

 

Alors le cœur tachycarde, la pensée logorrhéique,

le désespoir s’empêtre dans des airs euphoriques,

qui anéantissent la prudence et les bonnes raisons

qui t’ont plongé dans l’éloignement et la rude prison.

Un semblant de vie prend le pas sur l’anéantissement,

un souffle de fraicheur dissipe le renoncement.

 

Tu te laisses envahir, pour quelques minutes ou quelques jours,

par un possible réinventé dégainant sans détours,

derrière un masque coloré, des effluves de parfums

envahissants, comme la clarté des petits matins.

Ton esprit troublé est partant pour une grande aventure

tissée dans les fils barbelés de tes propres parjures.

 

Et puis tu retombes brusquement du vent qui t’embrassait,

au moment même où tu comprends que le rêve était surfait.

Un éclair de lucidité te gifle en pleine face,

te dégomme lamentablement en haut de tes échasses.

Tu retournes à ton coma en reposant les pieds sur terre,

tu regrettes le doux songe qui t’a sorti de ta misère.

 

 

Tommie


 

Mon graal

 

1-picture1[1].gif

 

 

Je m'en retourne à la recherche de mon graal

pour quelques semaines.

Yoann, Kris, Nath, Katell, Béatrice, ...

vous allez me manquer.

David : tu n'as pas une compo à faire et à chanter ? ;-)

Docky : ah Docky ! Mon presque frère de mésaventure  ;-))

Je vous embrasse tous.

A dans quelques temps. 

 

Je laisse un dernier poème...

24.02.2009

Des ronds dans l'eau

homme-poisson72600.jpg

 

 

Au bord du canal, un drôle de ballet.

Un homme en cavale, pas loin de plonger.

Il prend son élan, fait des petits bonds,

hésite un instant… part à reculons.

Et puis recommence, nouvel exercice,

un, deux, trois, se lance… et stoppe l’hélice !

 

A quoi joue t-il donc ? Faire peur aux poissons ?

Mais on n’a pas peur sous cet horizon !

Ils s’impatientent, nageoires en extension,

et l’encouragent, proches de l’implosion.

L’homme est un peu couard, à n’oser sauter.

Rien ne l’empêche de prendre l’escalier !

 

Maintenant, c’est un bel attroupement

et des bouches bien rondes en suspens.

Vue la saison, il y a peu de chances

que de natation, il tente l’expérience.

Et voilà qu’il recommence… puis s’arrête.

Il s’assoit. Aie ! En plein sur une arrête.

 

Il se met à pleuvoir, lui à pleurer.

Il renifle. L’assistance est médusée.

On s’agite des écailles, dans les ronds.

On en a connu des plus moribonds !

Des qui ne se mettaient pas au supplice

à trop regarder vers le précipice.

 

« C’est pas pour cette fois ! » crient-ils en partant.

« C’est pas pour cette fois ! » miaule t-il en mouchant.

Il se met debout et tourne le dos,

et les poissons retournent sucer des os.

Il faudra qu’il se décide à sauter

lorsque la réserve sera épuisée !

 

 

Tommie

18.02.2009

Une vie de damnés

20-annee-olds_~J92-234719.jpg

 

 

 

 

On les avait tirés du liquide amniotique,

du paradis où ils flemmardaient, extatiques.

On avait vivement aiguisé leurs esprits

en les exposant aux lumières de la vie.

 

Des cris et des sourires comme des cicatrices

plongeaient leurs regards dans d’infinis précipices.

Ils s’accommodaient au noir avec précaution,

sentant là le danger de la domination.

 

Ils avaient appris à s’équiper de béquilles

pour absorber les chocs, esquiver les torpilles.

Ils trouvaient refuge à l’ombre de leurs secrets,

un empire de folie où ils s’enlisaient.

 

On les trouvait trop actifs ou trop effacés.

Ils étaient juste à la recherche du feu sacré

qui les embarquerait vers une autre planète

sur laquelle ils règneraient en anachorètes.

 

Les années passaient, ils grandissaient. Solitaires.

Et commençait à gronder en eux le tonnerre.

Ils n’allaient pas tarder à voir les démons,

impatients, fin prêts à sortir de leurs gonds.

 

Ils entraient là dans une nouvelle souffrance,

celle qui s’immisce par la porte de la conscience.

La vraie confrontation aux autres et à leur monde

allait soulever des vagues de mauvaises ondes.

 

Tels des étoiles filantes, ils allaient fuir,

encore et toujours, impuissants à se construire

un semblant de vie remplissant les bonnes cases,

trop accaparés à gérer leurs métastases.

 

Ils ne demandaient pas plus que d’être acceptés

comme de simples hommes avec une infirmité.

On les considérait comme des inactifs

incapables de fournir l’effort productif.

 

Au mieux, on les voyait comme des parasites

se plaisant à profiter de leur flémingite.

Au pire on avait peur et on les haïssait

de souiller le paysage idyllique, surfait.

 

Alors on se contentait de leur faire aumône

de quelques piécettes pour les tenir dans leur zone,

en prenant soin de bien rester indifférents

à leur survie misérable, à leurs sentiments.

 

Et personne n’irait à leur enterrement

sinon un membre de la famille, un soignant,

avec lequel ils ont accroché à l’asile

dans les pires moments, quand ils étaient plus fragiles.

 

 

Tommie

 

 

 

 

 


 

15.02.2009

Le temps figé

horloge-projection-douze_~73807939.jpg

 

 

 

 

 Le temps s’arrête. D’un coup tout se fige.

Les aiguilles des horloges n’avancent plus, comme prises par le givre.

Les clochers des églises et des cathédrales se sont tus. Dieu avec.

 

Fini le gling-gling des tiroirs-caisses et de la monnaie sur le zinc.

Les cafés refroidissent. Les bières ne moussent plus. Les steak-frites ne sentent plus.

Les rictus restent idiots aux lèvres des métaphysiciens de comptoirs.

 

Pour une fois, les enfants pourraient traverser la rue sans risquer de se faire butter.

Les petites vieilles aussi. Et puis jouer au parc en toute tranquillité.

Leur innocence préservée des vautours planant autour de leur virginité.

 

Les feuilles mortes cessent de tourbillonner, entre ciel et terre. L’hiver ne viendra pas.

Les pauvres auraient moins souffert, mais ils ne le savent pas. C’est dommage.

On ne chantera pas « aujourd’hui on n’a plus le droit », en remplissant les caddies, de moins en moins.

 

Aux urgences, le panaris ne lance plus, et dans le box réa un cœur reste en suspend. On attend son tour patiemment.

Dans les étages, les infirmières sont entre deux courses. Les patients n’attendent pas en râlant.

On ne souffre plus. On ne soigne plus. On ne meure plus. Tout le monde à droit à une pause.

 

Entre République et Bastille, le défilé pose pour la photo. Les CRS, au repos, gardent leurs bombes lacrymos.

« Sarkozy au piloris, ta réforme… ». Le porte-voix n’a plus de souffle. Les bouches retiennent leurs cris.

Des poings restent levés, des têtes restent baissées. L’étudiant côtoie l’ouvrier, et la rage des casseurs qui ne cassent plus.

 

Aux assemblées nationales et internationales, on dirait qu’on était au courant.

Ca s’ennuie, ça baille, ça s’étire, ça ronfle même avant. Nos représentants doivent être devins.

D’ailleurs, les trois quarts ne se sont pas déplacés. Ils ont pris le temps de bien s’installer à la maison.

 

Dans les usines, les machines sont à l’arrêt. Leurs esclaves n’entendent plus le bruit

qui emplit leur quotidien. Les mains ne s’affairent plus. Les petits chefs n’espionnent plus.

Les patrons n’exploitent plus. Les actionnaires cessent de réclamer encore plus.

 

Au croisement des rues Giraudeau et Bastié, les pneus ne crissent plus, les tôles froissées ne grincent plus.

Une rigole d’essence stagne, le sang se coagule. L’enfant démantibulé projeté ne retombe pas.

Les badauds sont médusés. Un ange passe qui ne peut rien décider. La mort est suspendue.

 

 En salle de travail, une petite tête brune vient d’apparaitre, mais n’ira pas plus loin.

Ca tombe plutôt bien : En un quart de seconde il a vu défiler sa destinée, et il n’a pas aimé.

Faut pas prendre bébé pour un couillon. Alors merci, mais non merci.

 

Un missile vient de toucher Gaza. Les victimes sont figées, la bouche ouverte sur un cri.

Le sang a jailli, à grands flots, mais il n’a pas eu le temps de s’écouler.

Ni les corps de s’écrouler. C’est pourtant pas haut un enfant…

 

 

Tommie

 

NB : c'est un peu expérimental mon truc là, pas vraiment une réussite  ;-(


 

09.02.2009

Délirium pas mince

5326[1].jpg

 

 

L'apocalypse dans leurs yeux

faisait écho à la fureur

qui jaillissait comme un aveu,

comme exutoire à la frayeur.

 

Tout ce monde là dans leurs oreilles

hurlait comme mille Lucifer,

jetant les démons en sommeil

à travers toutes les meurtrières.

 

Ils étaient un, ils étaient cent

à louvoyer derrière leur dos,

à ramper en se pourléchant,

à lorgner sur leurs petits os.

 

Fonçant alors comme un bélier

ils rassemblaient tout leur courage,

pour affronter tous ces guerriers,

tous ces fauves d'un autre âge.

 

Gesticulant comme de beaux diables,

leurs poings crasseux mis en avant,

ils défonçaient même les tables

qu'ils auraient jurées de sang.

 

Alors ils se faisaient plaquer

par des gaillards en blouse blanche,

qui tentaient de les rassurer

tout en leur bloquant les hanches.

 

Un liquide miraculeux

venait se planter dans leur fesse,

dernier rempart cafardeux

faisant office de caresse.

 

 

          Tommie

03.02.2009

Tapioca

Soleil-Sun.jpg

 

 

C'est pas Byzance cette histoire là,

un vrai cauchemar éveillé.

Chaqu' fois qu' j'y pense j'y crois pas,

tellement je suis malmenée.

 

J' ne peux pas tout vous raconter,

on n'aurait pas assez de temps.

Et j' voudrais pas vous effrayer,

vous voir partir en un instant.

 

C'est vrai que les histoires des autres

on veut bien s'en mêler un peu.

Mais pas question que l'on s'y vautre,

ça devient vite eczémateux.

 

Je pourrais l'écrire cette histoire,

en faire une autobiographie.

Mais ça frise'rait le dépotoir,

on crierait à la mythomanie !

 

Alors je la garde pour moi,

bien au chaud dans mes entrailles.

OK, c'est sûr, ça me rudoie

et je n' suis pas toujours de taille.

 

A défaut d'en faire un roman

je me dévoile à petits pas.

Pour ne pas être malséant

je n' vous crache pas mon tapioca.

 

 

                  Tommie

28.01.2009

Obsession

lampes-crepuscules-aurore-autres-ciel-chessy-france-561792255-909182.jpg

 

 

Ce soir il faisait doux et pluvieux

et je ne suis pas rentrée trop tard.

J'avais l'esprit un peu cafardeux

derrière mon verre, dans ce petit bar.

 

Il y avait un vrai brouhaha.

C'est fou ce que le monde est bruyant.

A moins que c'la ne vienne de moi,

de n' pouvoir supporter tous ces gens.

 

Alors j'ai scotché mes écoutilles

et me suis renfermée un peu plus.

J'ai ressorti mes bonnes vieilles béquilles

qui m'aident à me sentir moins perdue.

 

Je n'ai plus entendu que la pluie,

qui semblait battre contre mon coeur.

Mon coeur qui replongeait dans sa nuit,

l'averse faisant rigoles de pleurs.

 

J'ai repensé à ce jour étrange,

ou plutôt à ces quelques minutes,

où j'ai bien cru devenir un ange

pour en terminer avec ma chute.

 

J'avais lâché prise sur mon corps,

je n' sentais plus que mon cou serré.

Je respirais d'un souffle de stentor

de l'air qui pouvait encore passer.

 

Je n'avais plus un esprit, mais une âme !

Un doux voile recouvrait ma vie,

j'étais aspirée comme une flamme,

j'amorçais mon voyage vers l'infini.

 

Mes yeux ouverts ne voyaient que du noir,

je me sentais évanescence.

Je m'éteignais comme le jour en soir,

je m'apprêtais à perdre connaissance.

 

Et puis l'erreur est arrivée,

avec cet homme aux gestes surs.

Comme un pantin désarticulé

j'ai assisté à la déchirure.

 

Mais toujours je me souviendrai

de ce moment de béatitude,

où la délivrance j'ai frôlée de près,

qui a conforté ma solitude.

 

J'ai payé et suis rentrée chez moi.

Dans les rues aux pavés luisants

j'étais triste et sereine à la fois.

Parce que disparaître, je savais comment.

 

              Tommie

25.01.2009

Y'en a qu'en meurent...

x1pNWjjkHJ3o_z5FRLBvYU2jCWeHpFu3I7BBL_rraMoXxNZrnlazTrPBZQteYT1C6v2xwZc7j4LC9PQ9c8AuKu-mnoMtPDKw7ut3c4CiekHUVM[1].jpg

 

Y'en a qui crient

y'en a qui pleurent

y'en a qui prient

y'en a qu'en meurent ...

 

Dans les asiles c'est la misère,

ça sent l'urine et la phobie.

Y demeurer est un calvaire

pour qui n'a pas perdu l'esprit.

 

Les aliénés mettent tout leur coeur

à pratiquer sans mode d'emploi

le jeu macabre de l'horreur

capable de les tuer d'effroi.

 

Dans la folie qui les accable

y'a parfois la lucidité,

qui gesticule comme un beau-diable,

qui balance la réalité.

 

Ils se la prennent en pleine face

et se retrouvent totalement nus.

Quel est cet être dans la glace

qui leur parait tout biscornu ?

 

Ils encaissent mal leur échec

à vivre dans ce monde là,

alors qu'ils donneraient ongles et bec

pour se sortir de ce fatras.

 

Mais la folie est la plus forte

qui vient les reprendre en main,

qui dans leur délire les emporte

pour retrouver leur vrai chemin.

 

Y'en a qui crient

y'en a qui pleurent

y'en a qui prient

y'en a qu'en meurent...

 

 

              Tommie

22.01.2009

Des larmes (pour un devenir)

 

Personnages-Characters1.jpg

 

 

Les larmes contenues de l'enfance,

qui perdurèrent à l'adolescence,

livrent en plein toute leur quintessence

quand l'adulte prend enfin conscience.

 

Conscience qu'il s'est laissé étouffer

par ceux qui, dans leur perversité,

l'ont empèché de s'éveiller

à un monde de potentialités.

 

Il ne faisait pas bon prendre part

à l'animosité dont on se pare,

lorsque dans la haine on s'égare

pour mieux s'engager dans la bagarre.

 

Mais que faisait-il au beau milieu

ce petit être merveilleux,

qui retenait les larmes dans ses yeux

de peur qu'on le sache malheureux ?

 

Personne ne le voyait souffrir,

à un univers secret se convertir.

Et à défaut de pouvoir s'enfuir

être un perdant en devenir.

 

Car on ne gagne pas une guerre

contre des autres la colère,

alors qu'on est privé de repères

entre les tirs nourris des adversaires.

 

Aujourd'hui il vit mal

dans un monde un peu bancal

qui pourrait lui être fatal

s'il devait perdre son idéal.

 

            Tommie

17.01.2009

Pied de nez

GetAttachment.jpg

 

 

Par delà les flammes mouvantes de ton coeur,

par delà les stries rougeâtres de ta douleur,

tu voles en ricanant dans de drôles de volutes

où les sourires sont dessinés à l'uppercut,

les yeux rincés, délavés, par des nuits trop longues,

les mains agrippées à de jeunes formes oblongues.

 

Ouais, tu te marres à en chialer comme un tordu

en voyant leurs faces blèmes fixant le pendu.

Tu peux te vanter de leur avoir fait la nique

en t'offrant une superbe et ultime trique,

chouette cadeau de départ en apothéose

pour celui qui rêvait tant de métamorphose.

 

Mais c'est une gloire qui ne dure qu'un instant,

le temps que l'on décroche ton corps doucement.

Et déjà on pense à toi comme à une horreur,

ton corps froid et souillé qui révulse le coeur.

Dans les regards, la haine et la pitié se mêlent

ignorant que tu signais là ton label.

 

Soudain ton rire de fou devient sarcastique,

crachant ton statut devenu anecdotique.

Fallait-il qu'ils soient véritablement matheux

pour ne pas voir là la facture de tes jeux ?

Ne voyaient-ils pas les stigmates de ta lutte

gravés au cutter à chaque pas de ta chute ?

 

Puis tout à coup ta morbide rancoeur s'éteint.

Par une lumière douce et claire de petit matin

ton âme se laisse dériver et aspirer,

comme si la plus belle des filles venait t'aguicher.

Ton rire effrayant cesse et ton esprit s'éclaire,

d'un salut irrévérencieux tu te libères...

 

              Tommie

13.01.2009

Les recalés

GetAttachment2.jpg

 

 

Dans les coins sombres comme sous la terre,

pissant au pied des révèbères,

des ombres telles des panthères

se gaussent de fuir la lumière.

 

Ils sont un comme ils seraient cent

à louvoyer à chaque instant,

à renifler l'odeur du sang

qui coule dans leurs affluents.

 

Ils détestent toutes les couleurs,

qui ravivent en eux la douleur

du temps où elles servaient de leurres

conduisant au grand computer.

 

Ils n'ont pas répondu à l'appel

des sirènes servies à la pelle.

Ils ont détesté qu'on les hèle

pour le passage à la javel.

 

Ils ont rapidement compris

qu'ils n'étaient bons que pour la pluie,

que leur domaine serait la nuit

qui leur accorderait sursis.

 

Quand par malheur ils sont visibles,

on les baygonne comme des nuisibles,

dans une haine incoercible

qui les confine à l'inaudible.

 

Ils vivent pareils à des transfuges,

errant de repaires en refuges,

n'acceptant pas qu'on les méjuge,

se protégeant de tout grabuge.

 

Leur vérité c'est le danger

qui les poursuit comme l'épée.

Ils craignent sans cesse de plonger

dans les abîmes, privés d'apnée.

 

            Tommie

12.01.2009

R. BOHRINGER Le bord intime des rivières

bordintime.jpg

Quelques années après " C'est beau une ville la nuit ", Borhinger nous offre le prolongement, entre poésie et autobiographie.

Comme il l'écrit, il n'est pas un "gars de la syntaxe", il est " de la syncope, du bouleversement intime ". Et son phrasé est unique : phrases sans verbe ou pas terminées, au lecteur de combler les vides. Les silences éclaboussent et créent des pauses dans le torrent des mots. Il écrit comme il parle, il parle comme il ressent, il ressent comme il vibre ou souffre.

Une souffrance aussi criante que son amour pour la vie. Et la quête du bonheur, déconcertant, abrupte, parfois proche du précipice. Avec l'âge, le bonhomme s'est assagi, et nous invite au calme apparent du bord intime d'une rivière. Son écriture est plus maitrisée, plus ordonnée, la beauté et la violence des images toujours aussi prenantes.

Plus que jamais, il y a les Paulo. Le Paulo d'en haut, parti trop tôt, et auquel il s'adresse sans cesse, et les Paulo d'en bas, qui traversent son existence, pour un temps ou pour toujours. Il évoque son amour des femmes - qu'il respecte tant -, le calvaire de la drogue, son amour pour le blues, qui lui colle comme une seconde peau, son admiration pour les boxeurs (pas la boxe), et sa découverte de l'Afrique et du désert. Une Afrique qui, on le sait, ne le quittera plus puisqu'il a obtenu la nationnalité sénégalaise, et tourne avec son groupe de musiciens africains. Le griot blanc, c'est son surnom là bas, dans l'émouvante et cruelle Afrique...

 

Extraits :

- " Paulo, c'est Paulo. Celui qui est parti trop vite. Trop haut. Celui qui manquera toujours. Et puis il y a le Paulo qui vit. Le Paulo d'en bas. Celui qui frétille comme un gardon. Paulo d'en haut, y'a des fois où je te vois dans le noir, dans les torrents, dans la lumière. Y'a des bouts de toi. Le Paulo d'en bas il aime la vie. C'est la vie qui se fout de lui. L'amour y'a des fois. Y'a des fois pas.

Je te jure Paulo, si tu revenais, je te referais plus le coup du saxo qui a du chagrin. A moins que ça te fasse encore marrer. C'est peut-être pour ça qu'on s'est tant aimés. Tous les coups on se les refaisait sans cesse. Un truc d'Indien. Jamais mort Paulo. Jamais définitivement disparu. "

 

- " Il neige sur Turin. Les putes partent au boulot. On se regarde dans le fond des yeux. Chacun va faire son show.

Si Mamie me voyait. Elle comprendrait pas. Ma Mamie. Elle comprendrait pas que j'aime ces gens-là. Que j'ai besoin de vivre dans des couloirs mal éclairés avec le son d'un sax qui viendrait de la pièce du bout. Que j'ai besoin de pousser la porte. De m'asseoir sur le lit pourri. Que j'ai besoin de la voix de la petite pute qui dit : A tout à l'heure, faites pas les cons ! Comme dans une vraie maison. Que j'ai besoin d'être cassé de fatigue dans une caisse comme si j'étais chanteur de blues. Comme si j'étais le meilleur. Celui qui a le plus souffert. Celui qu'une fille splendide attend quelque part. Le jour où il saura chanter le blues. "

 

- " Agadès qui s'endort. Agadès qui se réveille. Petit jour africain. Les poules picorent sans bande-son. Y'a des Noirs en uniforme. Agadès perdue au milieu des sables. Agadès la bleue.

A cinq heures à la porte d'Agadès. A la porte du désert qui balaie la piste. Entouré de gamins qui tendent la main. Des petits malins comme les tiens. La misère qui grouille. C'est gai. Clic-clac fait le photographe pas japonais. Dans le genre : Allez loin. Prenez la température des alizés. Parfum. Revenez sidérés.

Le gros camion-citerne. Les gros zincs des rupins saoudiens.

Dès que tu sors du hangard, t'as déjà du sable dans le passeport. Tu voudrais que tous tes Paulo vivent ce moment-là. "

 

- " Je vous regardais de loin. Les flammes du feu vous rapprochaient. Le nid en plein désert. Romantique Papytoufou. Emerveillé de ce voyage inespéré au milieu d'une vie de labeur. Il est devenu l'ami de la tribu. L'homme qu'on respecte. Les Touaregs prenaient soin de lui. L'air de rien. Que personne ne vienne troubler le rêve étoilé de l'homme au cheveux blanc.

Ils s'amusaient avec douceur de ce rêve dont ils étaient les maîtres. Papy Georges s'endormait. C'était tout bleu.

Alors je faisais le clown. J'imitais les animaux au milieu des étoiles. On riait. "

 

- " Les mots, arriver à les foutre sur papier. Y'a des fois en pleine trajectoire, à fond la caisse dans la phrase, t'éclates, tu déjantes, et cette foutue phrase cahote dans l'herbage pour finir comme une conne loin du rivage.

Je pars en voyage. Devant mon clavier. Mon bel ordinateur de mémoire. Ma boîte à songes. Ma belle gonzesse obsédante. J'irai au hasard de l'animateur. L'organisateur sans visage.

Je suis pas un gars de la syntaxe. Je suis de la syncope. Du bouleversement intime. Je me fous du verbe et de son complément. Faut pas faire le malin avec les mots. Faut les aimer. Ca file du bonheur, les mots.

Je veux écrire pour être avec les autres. Ceux que j'ai connus. Ceux que je veux connaitre. Ceux que je ne connaîtrai jamais. Je veux écrire pour être meilleur humain. Pour éviter la disgrâce. "

10.01.2009

Deux-trois minutes d'extase

imagereflet015yl.gif

 

 

Aux confins de la lande du silence,

où le soleil s'éteint, où les vents s'essoufflent,

se cache un monde à la jolie constance,

offrant des horizons de paix - camoufle.

 

On s'y rend par des chemins tortueux,

c'est là la seule condition au passage.

Il faut savoir ce qu'est être malheureux,

un peu comme une séance de rattrapage.

 

On trouve là un repos bienfaisant

où la pensée cesse de se retourner

comme l'estomac au creux de l'océan.

On s'installe pour une autre traversée.

 

On part pour un voyage en solitaire

à travers les méandres de l'esprit.

On se laisse aspirer par d'autres sphères,

s'écouler vers d'inconnus infinis.

 

De l'apesanteur le corps se délivre

comme happé par la force d'un grand vide.

Images et sensations de pantins ivre

ou d'une nouvelle espèce d'androïdes.

 

C'est le refuge ultime des addicts,

un peu comme la méditation des sages,

où l'on tente d'échapper à la vindicte

en évitant tous les télescopages.

 

                    Tommie

06.01.2009

Une vie gâchée

velos-lyon-france-3175927997-956661.jpg

 

 

 La peine ne cause plus, elle s'est tue.

A force de soliloquer, elle s'est lassée.

Personne ne l'écoutait, ni ne l'entendait.

Elle en avait des choses à dire, sans mentir.

Mais l'enfant trop calme, sans vacarme,

ne suscitant pas l'émoi, en resta coi.

 

Il trouva alors refuge, comme un transfuge,

dans un univers secret, où il survivrait

plutôt mal que bien, pas serein.

Il aurait bien hurlé, mais il était muselé

par la peur et l'injustice, au supplice.

On ne voyait pas qu'on lui faisait du mal, abyssal.

 

Enfin adulte et responsable, mais friable,

il continua la survie, sans envies.

Rendu médiocre par le conditionnement, sans élan,

il se rendit où il cru bon, à fond,

et se ramassa une grosse gamelle, cruelle.

Ce monde là aussi n'était pas pour lui.

 

Les maux d'antan avaient fait leur cheminement,

et venaient le saccager, citron pressé.

Peu à peu il prit conscience de sa déviance

et tenta de se remettre sur le droit chemin, en vain.

Jusqu'à ce qu'il sut qu'il ne se débarrasserait plus

de la maladie qui avait grandi avec et malgré lui.

 

                  Tommie

01.01.2009

Allo la Terre

y1pWdBbdoKAPmwN_I1dfRj8ABgn5X3sOVHzz6wNkKB6_OZRfGmH32kipP41hFe5InM6_gk5eDEe4IM.jpg

 

 

Je suis allée sur la Lune

des nuits où elle m'aguichait.

Et j'en ai eu pour mes thunes

du spectacle qu'elle m'offrait.

 

J'y ai vu la planète Terre,

que l'on surnomme l'orange bleue,

dans une drôle d'atmosphère,

comme un voile cafardeux.

 

Dedans cette brume épaisse,

j'ai senti l'infecte odeur

de la poisse et de la graisse

des hydrocarbures, l'horreur.

 

Dans cette couverture chaude

j'ai bien failli étouffer.

En plein dans mes maraudes

l'air se montrait saturé.

 

J'ai passé cette frontière

pour y voir de plus près,

et un monde de lumières

de mille néons s'exhibait.

 

Dans la nuit illuminée,

un sommeil perverti

par les enseignes allumées,

pour mieux nier la myopie.

 

Des boutiques et plein de pubs

de luxe faisant miroiter.

Il faut bien qu'on nous entube

pour nous faire plus consommer.

 

Mais la nuit qui peut bien les voir ?

Les dépressifs insomniaques

et ceux qui couchent sur le trottoir ?

Quelle société démoniaque !

 

Et puis la fumée des usines

m'a attaquée aux yeux.

Des usines à plein régime

et des travailleurs nuiteux.

 

La grande course au profit,

rythmée par les gyrophares,

ne roule jamais au ralenti

comme l'alcool dans les bars.

 

Et puis y'avait des fêtes,

pour mieux traquer l'ennui,

pour faire tourner les têtes

histoire de croire à la belle vie.

 

J'ai vu toute la misère

qu'on ne pouvait dissimuler.

Des paumés marqués au fer

et les sirènes des pompiers.

 

Le contraste m'a choquée

des classes qui s'affrontaient.

Des humains robotisés

qui en oubliaient la paix.

 

En redescendant sur Terre

je ne trouvais plus mes mots.

Alors que je menais ma propre guerre

sous de sacrés oripeaux.

 

              Tommie