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30.09.2007

Pause blog

Je m'absente quelques petites semaines (combien exactement je ne sais pas) pour aller faire une cure de jouvence. Rien de grave rassurez-vous, mais il faut parfois reprendre son corps un peu en main pour ne pas laisser certains problèmes s'aggraver, et repartir d'un meilleur pied.

Là où je vais il y aura peut-être un PC et un accès internet, ce qui me permettra de ne pas prendre trop de retard dans la lecture de vos blogs. Mais ne rêvons pas...

Même si mes journées là-bas seront bien occupées, j'espère trouver le temps, et surtout l'inspiration, pour écrire quelques petits textes, et lire quelques romans dont je pourrai vous parler.

C'est terrible, je crois que je suis accro au web et à ses habitants...

A bientôt les fidèles !!!

27.09.2007

Les larmes de la lune

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 Les larmes de la lune,

blanches et frigorifiées,

viennent inonder les dunes

des âmes cabossées.

 

Au-dessous ça s'affole

de ce drôle de déluge,

ça hurle et ça console,

ça dénonce le démiurge.

 

La lune n'y peut rien:

c'est son labeur de reine

que de tisser ces liens,

de souligner les peines.

 

         Tommie

 

 

R. BOHRINGER C'est beau une ville la nuit

56e43d5b59c7b4396cb131149281fdcb.jpgPas vraiment une autobiographie ce livre. Je dirais plutôt des tranches de vie, racontées ça et là, au gré des souvenirs et des humeurs. Mais racontées sans l'être vraiment non plus. Des petits bouts d'histoires, des petits bouts de parcours, des gros bouts d'émotions surtout. Avec en toile de fond la souffrance, l'errance, l'alcool, la drogue, les femmes, la grand-mère, Romane. Et l'écriture, le besoin et le bonheur de jouer avec le verbe.

Une capacité à aller de souffrances en souffrances, et à, malgré tout, continuer à voir la beauté là où elle se trouve, dans ses formes les plus simples. La capacité à voir, à ressentir, ce que les autres vont jusqu'à ignorer même lorsqu'ils passent à côté. Une capacité à voir la vie telle qu'elle est, dans sa laideur la plus crue parfois, dans sa beauté la plus éblouissante d'autres fois, mais surtout le désir effréné de vivre en fin de compte. Bohringer écrit là un récit impossible à résumé. Une histoire à tiroirs multiples, des bouts mis bout à bout, sans souci réel de chronologie ni de précision...

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 Bohringer écrit comme il parle. Une prose toute en spontanéité, toute en vérité. Il utilise ses propres rêgles de narration et de ponctuation, pour mieux marquer son rythme et sa pensée. Son langage est parfois cru, jamais vulgaire ni choquant. Même lorsqu'il parle de sa bite ou des femmes, je n'y vois aucun manque de respect, aucune "machismomisogynie". C'est toujours avant tout son coeur, celui qui vibre ou s'éteint, qui parle. Qui parle ou qui chante. Quelques chansons bien trouvées...

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En fait, ce livre , je ne l'ai pas lu. Je l'ai écouté, parfois chanté. C'est la voix de Bohringer qui résonnait. Sa voix profonde et éclatante, qui interpelle. Du fond de la nuit, du fond de l'abîme...

Hey ! Paulo ! Oui, c'est à toi que je parle. Ecoute mon poème bordel. C'est ma vie, la tienne peut-être aussi. Viens, j'te paie un coup, moi j'boirai de l'eau. On parlera des femmes et des Indiens, et de New-York, et de jazz aussi. Aller mon Paulo, on va l'aimer cette vie à la gueule de chien...

Je conclurai par une seule phrase : lisez ce bouquin !!! (moi je lirai le suivant, pour sûr).

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Extraits :

- " Mais déjà, comme en été, un nuage noir faisait frissonner les pans éclatant des champs.

    C'est comme cela que les poètes découvrent les traces de leur destin.

    C'est dans ces traces qu'ils trouvent les signes de leurs défaites humaines.

    Alors ils courent volontairement à leur perte, pour accélérer le mouvement afin de vivre plus vite leurs chagrins. "

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- " [...]

     Dans le fond des bars /

     Quand je buvais /

     Il y avait son souvenir qui me frôlait /

     Ou qui me frappait comme un poignard /

     Sorti du noir /

     Il y avait mon ventre déchiré / sans espoir /

    Qui s'accrochait au bar /

    Il y avait mes paulos / mes frères rêveurs / mes fêlures /

    Il y avait leurs rires / leur douceur /

    Comme des fleurs /

    [...]"

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- " Elle est la vie. Ils m'abandonnent. Et moi petit à petit je me recroqueville dans ma plaie. Dans ma maladie. J'ai pissé dans mon froc en plein embouteillage l'autre jour. Je me suis pas retenu. Comme ça. J'ai même pas pleuré. J'avais rejoint mon état naturel. Animal sale.

    Mon corps est suspendu comme l'esprit. Toujours plus haut. Avec des visages, tous les visages que je rencontrais, sans voix. Comme si une paroi de verre me séparait d'eux. Je ne communique plus. La liaison est rompue. Plus envie. Pendant un moment j'ai beaucoup marmonné. Sans arrêt. N'importe où. J'ai disparu au fond de l'horizon. [...] "

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- " "Ta fille depuis ce matin à quatre pattes va chercher tous ses jouets dans le salon pour les mettre devant ta porte."

      La môme regarde son tas et me balance un sourire d'Indien.

      Un sourire millénaire. Un sourire qui vient de si loin, qu'une seconde je décroche de la terre. Je quitte le sol.

      Avec les yeux qui font comme des myosotis brisés. Je rentre dans la prunelle et le paysage n'est qu'amour.      Comme une clarté soudaine. Comme sur les photos quand l'Indien te pardonne ta misère de pauvre Blanc. De pauvre Blanc qui ne sait rien. Qui ne sait rien du vent et de ses odeurs. Qui ne sait rien des chevaux fous et de leurs mystérieuses colères. Qui ne sait rien des femmes et de leurs silences.

     Je t'aime ma fille. Viens. Je vais t'emmener voir les primevères. Mamie fait une valise. Je téléphone à mon pote, un vieux pote bassiste. Il habite à la campagne. Il vient me chercher. "

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- " J'ai commencé à écrire à New York. Une pièce de théatre où il était question de pureté. Plus les jours passaient. Plus j'aimais cette ville. [...] Je vivais mille vies. Mille vies plus belles, mille vies plus sourdes. Comme si j'avais une nichée de moineaux au creux de la poitrine. Je palpitais à l'infini. J'ai écrit chaque jour. Chaque nuit. Avec acharnement. Avec trois ou quatre c au mot locomotives comme si j'avais voulu dans le même mot rajouter les wagons. [...] Et le clavier ronronnait. D'un doigt je traçais ma quête, ne revenant jamais sur un mot. "

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- " Toujours vivre dans une cale au milieu d'un trésor inventé. De l'Inde du Sud au Grand Nord emmitouflé. Des tavernes exaltantes de destins brisés, de petit matin immortel où l'éthylisme rend prince indompté. Tout n'est qu'invention. Oui je crois en moi. A de rares instants je pense même qu'il est bien temps que j'existe. Et puis parfois je trouve cela d'une banalité effrayante. En fait, aucune importance. Vite respirer. Encore et encore. Me broyer les poumons de l'oxyde de vie. Me vautrer des deux côtés, me ritueler d'huile odorante, me refaire la peau à coup de nouvelle vie. Ne rien savoir et tout humer. Je n'ai d'envie que d'entendre mon coeur battre. "

Richard BOHRINGER

0ce1f9329a0a76462654f5f5e7eedee8.jpgRichard Bohringer est né le 16 janvier 1942 à Moulin.

Sa mère étant partie rejoindre son père en Allemagne après la guerre, il va grandir chez sa grand-mère, porte de Saint-Cloud, à Paris. A 6 ans, il est atteint aux yeux et va rester aveugle pendant un an et demi. Puis il se retrouve à l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer où il restera deux ans immobilisé dans un lit, pour soigner une forte scoliose et une décalsification osseuse. Il sortira en 1952 et rentrera chez sa grand-mère.

Il erre près des studios de cinéma de Billancourt et devient le chauffeur de Peter O'Toole pendant le tournage de "What's new Pussycat ?" ... Nuit étoilée chez Castel... Richard passera la quasi totalité de sa jeunesse à Saint-Germain-des-Prés où il se promène volontier, et se plaît à découvrir les danceurs, le jazz dans les caves, ses idoles John Coltrane et Charlie Parker. Et l'un des plus grands rockeurs des années 60 : Vince Taylor, qui va lui demander de faire sa première partie. Richard sera "Richard Blues". Il chauffe la salle comme un lion enragé, fait le boeuf en première partie, et Vince peut enchainer sans aucun souci après lui. Le QG de Richard, c'est le Rock'n roll Circus. C'est ici qu'il croise un habitué, alors inconnu : Jim Morisson. Richard va passer deux ans à refaire le monde aux côtés de celui qui sera l'âme des Doors.

Il rencontre aussi Claude Nougaro dans les années 60 (parti dans les grandes prairies rejoindre les grands Indiens). Richard le suit dans ses concerts depuis les coulisses puis va lire ses premiers textes dans la cuisine de Claude, rue des Thermes.

Son premier métier, mécanicien dans un petit atelier où il répare des motos, lui offre ses premiers salaires. Mais il dance le Be Bop au club Saint Germain pour 15 balles la nuit... Mais pour ramener l'argent pour manger et avoir une vie plus décente, il se tourne vers le métier d'acteur dans lequel il entre "par effraction". Comme il le dit "si j'avais été plus courageux, je serais monté sur un ring", mais son seul combat s'est fini sur KO au bout de trente secondes.

Richard a été journaliste, et ses nouvelles furent publiées par Jacques Lanzmann. Il a été aussi scénariste de bandes dessinées.

Il écrit sa première pièce de théatre " Zorglub " en 1966 et " Les girafes " en 67. C'est d'ailleurs en 1967 qu'il fit une overdose d'héroïne. Conduit aux urgences, l'interne de garde rédige son avis de décès... Il deviendra son pote.

En 1970, son premier rôle de cinéma dans "La maison" de Gérard Brach. Mais son véritable début il le doit à Charles Matton qui le fait tourner dans "L'italien des roses" en 1972. En 1979, il fait ses premiers pas dans la musique, produit par Claude Zidi.

Outre les succès au cinéma où Richard tourne comme un fou furieux, "Diva", "Le grand chemin", "Une époque formidable", il se plaît à tourner des multitudes de rôles dans des premiers films de jeunes réalisateurs. Il dédit son César du meilleur second rôle dans "L'addition" à Jean-Pierre Rassam, et son César du meilleur acteur dans "Le grand chemin" à Michel Auclair, son père "adoptif".

Ses passions le rejoingnent. Il écrit "C'est beau une ville la nuit", best-seller vendu à plus d'un million trois cent mille exemplaires, puis "Le bord intime des rivières", dans les années 90. Autre passion : le rugby. Il sera le vice-président du Rugby Club Hyérois (division 2) avec pour objectif le retour en première division dès la saison 95-96.

"C'est beau une ville la nuit" devient une émission hebdomadaire sur Europe 2 (et deviendra aussi un film), où il lit les textes des auditeurs "garennes". C'est enfin sur scène que Richard portera haut ce voyage mystique de toutes ses tripes avec les musiciens du groupe "alternatif" One Take puis Aventures. Leur premier concert à Bastia, en totale improvisation, leur a ouvert la porte d'une tournée phénoménale. Le soir même, Johnny Hallyday appelle Richard pour le félicité de ce succès.

Richard n'en est pas à sa première expérience musicale, il avait déjà enregistré les albums "Richard Bohringer" et "Errance" et participé aux albums de Jean-Jacques Milteau ("Quand j'rentre le soir"...) et Paul Personne ("Où est l'paradis ?").

Il a obtenu la nationalité sénégalaise en 2002, un retour aux sources évident pour le griot blanc...

 

                     Source : http://myspace.com/richardbohringer

25.09.2007

Le vent de la liberté

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Les souvenirs en bandoulière, les larmes refoulées,

aller par les petits chemins, suivre les cours d'eau.

Avancer tête haute et sans jamais courber le dos,

pour venir carillonner au vent de la liberté.

 

Dans l'onde placide aux reflets d'un soleil rougeoyant,

quand alentours les gorges d'or s'arrêtent de chanter,

longuement se mirer, chercher le moindre changement

à ce regard triste qu'une étincelle pourrait flamber.

 

Sous un arbre généreux à l'élégante pureté,

loin des bâtards silences d'un sombre et douloureux souci,

en de douces rêveries se réjouir, s'évader,

s'étendre et s'alanguir dans des fragrances infinies.

 

            Tommie

Heinrich BÖLL

Böll, Heinrich (1917-1985), nouvelliste et romancier allemand, prix Nobel et figure marquante de la littérature d'après-guerre, qui peignit une fresque sans concession de l'Allemagne moderne.

Né à Cologne le 21 décembre 1917, Heinrich Böll fut une victime du nazisme : enrôlé au service du Travail peu après avoir obtenu son baccalauréat, en 1937, il fut ensuite appelé sous les drapeaux pendant la Seconde Guerre mondiale. Il combattit en France, en Pologne et en Russie, puis fut capturé par les Américains. Interné dans un camp de prisonniers aux États-Unis, il fut libéré à la fin de la guerre. Il rentra à Cologne où, comme beaucoup d'Allemands, il tenta de reconstruire sa patrie et de recommencer à vivre dans de nouvelles structures et avec d'autres valeurs. Ces événements devaient évidemment conditionner fortement la thématique de ses œuvres présentes et futures : au début des années 1950, Böll était déjà un auteur reconnu, et vendait suffisamment de ses nouvelles à la presse pour pouvoir vivre de sa plume.

Dans son œuvre, Böll privilégia non seulement la critique du nazisme et de la guerre, mais aussi celle de la société allemande de l'après-guerre. Ruinée et désorientée après la défaite, puis matérialiste et consumériste, celle-ci lui semblait affronter péniblement le problème de la culpabilité et se montrer peu encline à faire son examen de conscience.

Les premières œuvres de Böll, telles que les nouvelles sélectionnées dans le recueil Le train était à l'heure (1949) ou dans Voyageur, viens-tu vers ... (1950), traitent de l'absurde et de l'horreur de la guerre, et abordent la question de la culpabilité. Son premier roman, Où étais-tu, Adam ? (1951), présente diverses situations de conflit où sont mises en évidence les forces sociales et politiques qui pèsent sur les gens ordinaires. Le roman suivant, Rentrez chez vous, Bogner (1953) marque en revanche le début d'une série d'ouvrages où Böll évoque les difficultés de l'Allemagne de l'après-guerre, et où il dépeint la vague de matérialisme déferlant sur un pays marqué par la défaite. Vint ensuite les Deux Sacrements (1959), chronique familiale où l'auteur confronte nazisme et humanisme. Böll persista dans la voie de la critique sociale, prenant pour thème non plus la guerre et ses conséquences immédiates, mais la réalité du pays en train de se construire et de se projeter dans l'avenir, c'est-à-dire la nouvelle République Fédérale d'Allemagne. Ainsi en est-il de la Grimace (1963), critique de l'État moderne, des fonctionnaires et de la bourgeoisie capitaliste. C'est aussi le cas de l'Honneur perdu de Katharina Blum (1974), un texte polémique dirigé contre les abus de pouvoir de la presse et de la justice. Cette histoire fut adaptée au cinéma par Volker Schlöndorff en 1975. Le roman Portrait de groupe avec dame, publié en 1971, trace un tableau panoramique de la vie en Allemagne, depuis la Première Guerre mondiale jusqu'aux années 1970, en suivant les traces d'un personnage innocent, presque insignifiant, Léni. Ce texte, rédigé dans un style journalistique, a été salué comme l'œuvre maîtresse de Böll.

Heinrich Böll fut récompensé en 1972 par le prix Nobel de littérature pour avoir apporté un nouveau souffle à la littérature allemande. Il mourut le 16 juillet 1985.

H. BÖLL L'honneur perdu de Katharina Blum

     Katharina Blum, jeune gouvernante d'intérieur sérieuse, honnête et irréprochable à tous niveaux, va voir sa vie bouleversée en l'espace de cinq jours: A Cologne, le soir du mercredi 20 février 1974, premier jour du carnaval, elle se rend chez sa marraine pour dancer. Elle y rencontre le beau Ludwig Götten et termine, amoureuse, la nuit avec lui - incroyable exception-. Au matin, la police envahit son petit appartement, à la recherche de Götten, soupçonné d'être un gangster "gauchiste"...

     Le livre s'attache à décortiquer précisemment tous les évènements - interrogatoires, perquisitions, emplois du temps, articles de journaux, etc - de "l'affaire Katharina Blum", jusqu'au dimanche, jour où elle abat le journaliste Werner Tötges. Cinq jours durant lesquels Katharina va voir sa vie et sa moralité roulées dans la fange, à travers les articles de Tötges dans le quotidien " Le journal", feuille de chou spécialisée dans le harcèlement et la calomnie.

     Le sous titre du livre, "comment peut naître la violence et où elle peut conduire", résume à lui seul la démarche de Böll. Aucun suspens dans l'histoire, tous les faits sont donnés d'emblée. Il sagit de montrer comment une femme perd son honneur sans le mériter par le simple, mais implacable, délire journalistique d'une certaine presse, jusqu'à en arriver au meurtre. Comment l'on peut passer de l'innocence radicale et de la pureté même, au crime ? Comment le mensonge, la haine, la violence verbale peuvent-ils engendrer la violence physique ? Comment la violence naît-elle de la violence ?

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Contexte :

     Cette histoire est une attaque , plus qu'une réponse, à ce que Böll subit lui-même au cours de l'année 72. En effet, il fut victimes des injures et calomnies de la presse à sensation allemande qui ne lui pardonnait pas d'avoir dénoncé les mensonges qu'elle répandait et le climat de violence qu'elle entretenait à propos de la bande à Baader. Epoque où cette presse là avait l'habitude de mettre automatiquement forfaits et violences sur le dos des anarchistes, à faire de la bande à Baader le bouc émissaire de faits et de fautes dont l'évolution et les structures de la société d'alors était responsable (source: Yves Bonnefoy).

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Mon avis :

     Une lecture qui m'a tenue de bout en bout, non pour le suspens (inexistant) mais pour chercher la moindre faille "criminelle" chez Katharina. Faille que je n'ai évidemment pas trouvée puisquelle n'existe pas !!! Je me suis surprise à entrer dans la peau de la malheureuse héroïne, à subir les injustices et les mensonges, à prendre toute cette descente en enfer en pleine poire. J'en retiens qu'il ne fait pas bon être suspect ou témoin, et encore moins innocent. Que si les interrogatoires de police, les perquisitions, et la mise à nu de la vie privée sont des moments très pénibles à passer, le mensonge,et la diffamation étalés pour un public avide pourrait, moi aussi, me mettre dans cette position où la violence devient la seule défense, la seule issue, la seule réponse... 

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Extraits :

- " Photo gigantesque et caractères non moins gigantesques. KATHARINA BLUM, LA BONNE AMIE D'UN GANGSTER, REFUSE DE DONNER LES NOMS DE SES VISITEURS. Ludwig Götten, le bandit et assassin recherché depuis un an et demi, aurait pu être arrêté hier si sa bonne amie, une employée de maison nommée Katharina Blum, n'avait couvert sa fuite et effacé toute trace de son passage. La police présume que la femme Blum est depuis assez longtemps déjà mêlée à la conjuration. (Suite page 2, colonnes 3 et 4).

    En deuxième page Blorna put voir à quel degré LE JOURNAL avait travesti ses propos : la jeune femme "intelligente et réservée" était devenue "froide et calculatrice", tandis que de sa déclaration générale sur la criminalité, LE JOURNAL avait déduit que Katharina "était tout à fait capable de commettre un crime".

   "Le curé de Gemmelsbroich nous a déclaré : "Je la crois capable de tout. Son père était un communiste inavoué et sa mère, que par charité j'ai pendant un certain temps employée comme femme de ménage, a volé du vin de messe et célébré des orgies dans la sacristie avec ses amants."

   " Depuis deux ans la femme Blum recevait régulièrement chez elle des visiteurs. Son appartement était-il le quartier général d'une bande organisée, servait-il de cache d'armes ? La police poursuit son enquête et le ministère public travaille d'arrache-pied. La suite au prochain numéro. COMME TOUJOURS LE JOURNAL RESTE EN PREMIERE LIGNE ! Nos lecteurs trouveront dans l'édition de demain l'ensemble des informations tissant la toile de fond de cette affaire."

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- " Ensuite, toujours dans l'espoir de détourner Katharina de cette lecture du JOURNAL à laquelle elle se cramponnait, elle avait demandé à son collègue Hüften de la remplacer quelques minutes, le temps d'aller chercher d'autres journaux dont les articles rendaient compte d'une manière tout à fait objective de l'implication de Katharina Blum dans l'affaire Götten et de son interrogatoire. C'était en troisième ou quatrième page de brefs comptes rendus où le nom de la jeune femme n'était même pas imprimé en toutes lettres ; on y parlait d'elle que comme d'une certaine Katharina B., gouvernante. Dans la Umschau par exemple seul un écho de dix lignes - sans photo naturellement - relatait la malheureuse implication dans l'affaire Götten d'une jeune femme rigoureusement intègre. En dépit de leur nombre - l'auxiliaire en avait rapporté une bonne dizaine - ces feuilles n'avaient pas réussi à réconforter Katharina qui s'était simplement exclamée : " Mais qui donc lit ce genre de journaux ? Tous les gens que je connais lisent LE JOURNAL !"

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- " La police et le ministère public sont-ils vraiment disposés à croire un aussi ignominieux individu que ce Götten lorsqu'il a la prétention de disculper entièrement Katharina Blum ? LE JOURNAL se doit de soulever une fois encore la question : nos méthodes d'interrogatoire ne sont-elles pas trop douces ? Sommes nous donc tenus à tant d'humanité à l'égard de tels monstres ? "

    Sous les photographies des Blorna et de leur villa : " C'est dans cette maison que Katharina Blum, qui jouissait de l'entière confiance de M° Blorna et de son épouse, travaillait seule, sans surveillance aucune, de 7 h du matin à 4 h 30 de l'après-midi. On n'ose imaginer tout ce qui a bien pu s'y passer pendant que les Blorna vaquaient sans méfiance à leurs occupations professionnelles. Mais ne se doutaient-ils vraiment de rien ? Au dire des voisins, ils entretenaient avec Katharina Blum des rapports très amicaux sinon même intimes. Nous passerons ici sur certaines insinuations étrangères à l'affaire. Mais lui sont-elles vraiment étrangères ? Quel fut en effet le rôle joué par Mme Gertrud Blorna qui dans les annales d'une école technique supérieure fort estimée figure aujourd'hui encore sous le nom de "Trude la Rouge" ? Comment Götten a-t-il pu s'enfuir de chez Katharina Blum alors qu'il avait la police aux trousses ? Et qui connaissait jusque dans ses moindres détails le plan du grand ensemble " La résidence du bord de l'eau", sinon Mme Blorna ? "

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21.09.2007

Un p'tit coeur

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Je suis un petit coeur

tout ému et sensible

qui battait pour une soeur

au fond de sa poitrine.

 

J'en ai pris bien des coups

tout au long de sa vie

mais j'ai tenu le coup

et je n'ai pas failli.

 

Mais ce ne fut pas simple

de battre à l'unisson

quand venaient des complaintes

de son âme bougon.

 

Quand battu par le sort

il fallait résister

et tenir le score

du nombres de ses plaies.

 

Aujourd'hui je suis libre

de tout engagement

et une autre poitrine

j'attends impatiemment.

 

J'aimerais une fille

allègre et toute fraiche

pour une vie plus tranquille

allégée de ces flèches.

 

Je deviendrai pour elle

la matrice de ses rêves

lui donnerai des ailes

ferai couler la sève.

 

Mais il faudrait voir

à ne pas trop traîner

je n'aime pas le noir

où je suis enfermé.

 

      Tommie

19.09.2007

Une lumière à la fenêtre

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Une lumière à la fenêtre, tu es là tu es rentrée.

Mais quel est ce mal-être qui m'empèche d'y aller ?

Je tourne, je vire, j'hésite, je me suis tellement trompé.

C'est le doute qui m'habite, c'est l'heure de vérité.

J'ai les idées qui s'embrouillent sur ce trottoir trempé.

Serait-ce là une trouille que je ne peux dominer ?

 

Et si je ne rentrais pas, si je me laissais aller ?

Et si j'écoutais mes pas, qui me disent de me barrer ...

 

Une dernière canette, pour contourner l'anxiété.

Encore une cigarette, pour laisser le temps passer.

En fait j'suis plutôt ravi de m'être fait larguer.

C'est ainsi qu'il m'est permi de reprendre ma liberté.

Je sais que je suis un lâche, mais pour ma tranquilité

Ca me facilite la tâche, ça m'arrange d'être un raté.

 

Et si je ne rentrais pas, si je me laissais aller ?

Et si j'écoutais mes pas, qui me disent de me barrer ...

 

            Tommie

 

    Peinture: "Le Beaucet" de Claude Bellaton

René BARJAVEL La nuit des temps

     Une expédition scientifique internationnale découvre en Antarctique les vestiges d'une civilisation vieille de 900 000 ans. Une civilisation loin d'être primitive, puisque les habitants de Gondawa vivaient dans l'harmonie la plus totale, à l'abri de tout besoin. En effet, ils possèdaient le savoir qui leur permettait de tout obtenir à partir du Rien ! Une civilisation que les terriens d'aujourd'hui vont découvrir au travers du couple de "survivants" qui a été sauvé grâce à la cryogénie.

Elea et Coban: les deux élus pour renaitre à la vie lorsque la Terre serait de nouveau habitable, après sa pollution et ses destructions lors de la guerre contre les belliqueux d'Enisoraï. Elea parcequ'elle était la plus parfaite physiquement, moralement et intellectuellement; Coban parcequ'il était le plus abouti dans la sagesse et la connaissance, notamment de l'équation de Zoran, clef de toute la vie.

Mais Elea, l'élue, était déjà unie à l'homme qu'elle aimait plus que tout, son double, son complément : Païkan ...

Face à la découverte d'un tel potentiel de puissance et de résolution des problèmes de la condition humaine actuelle, comment vont réagir les scientifiques et les "penseurs" sur place, les peuples du monde entier, les gouvernements de toute la planète ? Sauront-ils enfin s'unir pour le bien de tous ? ...

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     On peut distinguer trois thèmes principaux dans ce roman, qui sont l'amour, la solitude, et la bêtise humaine.

- L'amour submerge tout le livre:

* Celui entre Elea et Païkan, si pur et inconditionnel, que seule la mort peut les séparer, que la vie n'est pas imaginable par l'un sans l'autre. Un amour d'autant plus parfait qu'il est passé par la "Désignation" (cérémonie qui désigne, en Gondawa, l'âme soeur de chaque personne, sans erreur possible).

* L'amour de Simon pour Elea. Un amour impossible car Elea ne pense qu'à Païkan. Un amour à sens unique, immédiat, que Simon mettra à profit pour protéger Elea, sans ressentir la moindre amertume. Un amour qu'Elea comprendra malgré tout, elle qui placera toute sa confiance et son innocence en Simon.

* L'amour, enfin, entre les peuples. Des peuples tentés de se rassembler, se reconnaitre, dans l'amour entre Elea et Païkan. Et au plus près d'Elea, les acteurs de la mission scientifique, qui, tels Hoover l'américain et Léonova la russe, finissent par s'aimer, tout du moins s'apprécier, malgré toutes leurs différences.

- La solitude:

* Il y a la solitude d'Elea bien-sûr, séparée de force de Païkan, et qui 900 000 ans plus tard se retrouve projetée dans une autre civilisation dont les valeurs et les coutumes sont totalement différentes.

* Mais il y a surtout la solitude de Simon, qui dès le premier regard tombe éperdument amoureux d'Elea, et dès le début sait que cet amour ne se concrétisera jamais. Chacun de ses propos est marqué par une profonde solitude et une touche de désespoir. Il est transpercé autant de douleur que d'amour. Mais jamais il ne montre de dépit, tout entier acquis à la cause d'Elea, pret à la défendre contre tout et tous. Une solitude renforcée par le fait qu'il la comprend mieux que les autres, qu'il ne la quitte jamais.

- La bêtise et la folie humaine:

C'est la folie des hommes (surtout ceux d'Enisoraï) qui détruisit Gondawa, allant jusqu'à polluer la surface de toute la Terre et la décaller de 40° de son axe. Et c'est elle à nouveau qui met en péril tout le savoir que détient Coban, l'équation de Zoran, alors que l'humanité aurait pu être sauvée.

Barjavel prend garde de désigner quiconque (personne ou nation) pour le vol du savoir, pour justement que la folie des hommes, et donc de la planète toute entière soit, une fois de plus, la coupable. Alors que l'humanité détenait la solution à la fin de ses souffrances, sa soif de pouvoir et sa folie la conduit à détruire tout espoir, par sa propre faute.

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     J'ai aimé cette lecture moins que la première fois, il y a une quinzaine d'années. Peut-être parcequ'ayant perdu mon côté fleur bleue, j'ai été moins touchée et "tenue" par les différentes histoires d'amour (et de solitude amoureuse). Par contre, j'ai apprécié ce que je n'avais même pas capté à l'époque, à savoir "l'internationalisme" de la folie humaine, la cupidité, la soif de pouvoir.   C'est aussi une approche tout en douceur de la science-fiction, idéale pour la ménagère de 50 ans, qui n'accrocherait pas avec les robotes, les martiens, les esprits démoniaques.   Une histoire peut-être trop démodée pour les jeunes ados aguerris aux mangas et autres jeux vidéos ultra speeds...

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Extraits:

- " Dans notre isolement de glace, nous avions oublié les haines misérables et stupides du monde. Elles s'étaient encore enflées et raidies pendant ces trois années. Leur monstrueuse imbécilité évoquait pour moi des chiens énormes enchaînés les uns en face des autres, chacun tirant sur sa chaîne en râlant de fureur et ne pensant qu'à la rompre pour aller égorger le chien d'en face. Sans raison. Simplement parce que c'est un autre chien. Ou, peut-être, parce qu'il en a peur ..."

 

- " Je le savais.  

    Je regardais tes lèvres. Je les ai vues trembler d'amour au passge de son nom.

    Alors j'ai voulu te séparer de lui, tout de suite, brutalement, que tu saches que c'était fini, depuis le fond des temps, qu'il ne restait rien de lui, pas même un grain de poussière quelque part mille fois emporté par les marées et les vents, plus rien de lui et plus rien du reste, plus rien de rien... Que tes souvenirs étaient tirés du vide. Du néant. Que derrière toi il n'y avait plus que le noir, et que la lumière, l'espoir, la vie étaient ici dans notre présent, avec nous.

    J'ai tranché derrière toi avec une hache.

    Je t'ai fait mal.

    Mais toi, la première, en prononçant son nom, tu m'avais broyé le coeur."

 

- " Pourtant nous sommes tous pareils ... Nous avons quelque chose en commun qui est plus fort que nos différences: c'est le besoin de connaître. Les littérateurs appellent ça l'amour de la science. Moi, j'appelle ça la curiosité. Quand elle est servie par l'intelligence, c'est la plus grande qualité de l'homme. Nous appartenons à toutes les disciplines scientifiques, à toutes les nations, à toutes les idéologies. Vous n'aimez pas que je sois un Russe communiste. Je n'aime pas que vous soyez de petits capitalistes impérialistes lamentables et stupides, empêtrés dans la glu d'un passé social en train de pourrir. Mais je sais, et vous savez que tout ça est dépassé par notre curiosité. Vous et moi, nous voulons savoir. Nous voulons connaître l'Univers dans tous ses secrets, les plus grands et les plus petits. Et nous savons déjà une chose, c'est que l'homme est merveilleux, et que les hommes sont pitoyables, et que chacun de notre côté, dans notre morceau de connaissance et dans notre nationalisme misérable, c'est pour les hommes que nous travaillons. Ce qu'il y a à connaître ici est fantastique. Et ce que nous pouvons en tirer pour le bien des hommes est inimaginable. Mais si nous laissons intervenir nos nations, avec leur idiotie séculaire, leurs généraux, leurs ministres et leurs espions, tout est foutu ! "

 

 

 

 

 

  

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