« 2007-10 | Page d'accueil | 2007-12 »

24.11.2007

Les larmes de la lune (version longue)

43a7651bdb9e1187944140fbcd849ee3.jpg

 

Les larmes de la lune,

blanches et frigorifiées,

viennent inonder les dunes

des âmes cabossées.

 

Au-dessous ça s'affole

de ce drôle de déluge,

ça hurle et ça console,

ça dénonce la démiurge.

 

Perdus dans le chaos

de ces vies embrumées

ça espère un écho

qui vienne rassurer.

 

     La lune n'y peut rien :

     c'est son labeur de reine

     que de tisser ces liens

     de souligner les peines.

 

Sous cette pluie cosmique

aux allures de tombeaux,

on frise le comique

à les voir en lambeaux.

 

Sous cette acidité

ça tendrait bien le poing,

mais ça reste frisqué

à fouiller dans les coins.

 

Dans ces esprits transis

la vie est une impasse,

une cacophonie

qui transperse et dépasse.

 

     La lune n'y peut rien :

     c'est son labeur de reine

     que de tisser ces liens

     de souligner les peines.

 

          Tommie

18.11.2007

Silence

C'est le silence qui t'a envahi

malgré toutes ces pensées ennemies

et dans ton crâne un pus qui magmate

dans ton esprit une vraie débacle.

 

La souffrance te serre dans ses bras

si fort que tu n' peux plus respirer

cette souffrance aux effluves de sang

quand tu mords ta main pour n' pas hurler.

 

C'est le silence qui s'impose ici-bas

où fragile comme un petit enfant

tu te recroqu'villes dans tes tourments

espérant le sommeil qui te sauvera.

 

Mais la maligne fourmille en toi

et distille son venin sournois

elle est si forte qu' c'est elle qui te porte

à la corde où tu te balanc'ras.

 

C'est le silence qui soudain s'abat

des cris retenus qui étourdissent

des larmes qu'on ne contient pas

et des lambeaux d'âmes qui s'enfuient ...

 

         A Jean-Luc.

 

             Tommie

15.11.2007

Chape de plomb

68f33a0a49ff743a586825ddd227bdee.jpg

 

La brume est tombée d'un coup

comme un mauvais présage,

réinventant le vaudou

à l'oeil expert du sage.

 

Comme une chape de plomb

elle a recouvert l'espace,

elle a décliné son nom

aux humains en pleine face.

 

Ces idiots n'ont rien compris

au malheur qui s'abattait,

ils ont regardé cette nuit

comme si tout ils ignoraient.

 

Fallait-il qu'ils soient sûr d'eux

pour ne pas disserner là

la facture de leurs jeux,

la trace noire de leurs pas.

 

            Tommie

Voilà, c'est le der des ders que j'avais en réserve ;-(

 

Albert CAMUS L' Etranger

     Meursault, héros et narrateur du livre, est un modeste employé dans l'Algérie française. Sa vie se résume à son travail, aux bains de mer, aux flaneries, à ses quelques relations de voisinage, et à Marie, qu'il rencontre le lendemain de l'enterrement de sa mère.

Il "expose" plus qu'il ne raconte, sa vie au jour le jour, sans émotion ni critique : l'enterrement de sa mère, sa rencontre puis sa relation intime avec Marie (dont il ne se sent pas amoureux), son voisin Raymond (dont il accepte l'amitié parcequ'il n'a pas de raison de la refuser)... Une vie simple et ordinaire où il ne se passe rien qui le passionne ni lui déplaise.

Jusqu'au jour où il tue un Arabe de 5 coups de pistolet. Sans le vouloir, sans animosité, parceque les circonstances n'ont pas joué en sa faveur. Meursault va alors passer 11 mois en prison, à attendre son procès, dans une quasi indifférence. 11 mois durant lesquels il va peu à peu repenser à sa vie, essayer de comprendre comment il est arrivé là. Le déroulement du procès et le verdict vont réveiller un autre Meursault...

________________________

La première partie du roman est, d'un point de vue style, volontairement ennuyeuse. Ennuyeuse comme la vie de Meursault, qui coule sans émotion ni anicroche, de façon hasardeuse. Ennuyeuse pour mieux marquer que cette existence n'a pas de sens, qu'elle n'est guidée que par une sorte de fatalité. Un exposé sans relief fait par un personnage décalé vis-à-vis du monde, des autres et de lui-même, sans espoir mais pas résignée non plus. Meursault qui incarne l'homme absurde (ou plutôt la nudité de l'homme devant l'absurde). La vie de Meursault et le style littéraire employé agissent comme un révélateur de ce que Camus veut transmettre : l'homme absurde ne peut que décrire, vivre au niveau de l'existence pure, recommencer à chaque instant, sans durée, sans "liaison".

La deuxième partie, à partir du meurtre de l'Arabe, permet enfin au lecteur de se réveiller. Meursault, emprisonné, en attente du procès puis du verdict, se retrouve obligé de réfléchir à sa vie et à son sens. Incapable de se défendre et de s'expliquer car ne connaissant ni le mensonge ni la "broderie", il est totalement incompris et passe pour un meurtrier sans âme qui n'a même pas montré d'émotion lors de l'enterrement de sa mère ! Monte alors en lui la révolte, et la réconciliation avec le monde et lui-même. La révolte qui, pour Camus, est la seule position possible pour l'homme face à l'absurde (contrairement au "suicidé" qui lui renonce).

_______________________

Si l'on supporte l'ennui de la première partie du roman, on ne regrette pas d'en lire la deuxième. Avec le regret peut-être de ne pas avoir lu avant "Le mythe de Sysiphe", essai dans lequel Camus théorise sur l'absurdité. Le regret de ne pas saisir là toutes les subtilités du roman. A moins de considérer le roman comme une introduction nécessaire pour aborder l'essai...

Avec le sentiment parfois, peut-être, de ressembler à Meursault, quand une certaine indifférence nous envahit, quand on enchaine les jours et les nuits machinalement, sans pouvoir donner un sens attrayant à cette vie qui ne nous satisfait que rarement...

_______________________

Extraits : 

- " Cela me permettrait de vivre à Paris et aussi de voyager une partie de l'année. " Vous êtes jeune, et il me semble que c'est une vie qui doit vous plaire." J'ai dit que oui mais que dans le fond cela m'était égal. Il m'a demandé alors si je n'étais pas interressé par un changement de vie. J'ai répondu qu'on ne changeait jamais de vie, qu'en tout cas toutes se valaient et que la mienne ici ne me déplaisait pas du tout. Il a eu l'air mécontent, m'a dit que je répondais toujours à côté, que je n'avais pas d'ambition et que cela était désastreux dans les affaires. Je suis retourné travailler alors. J'aurais préféré  ne pas le mécontenter, mais je ne voyais pas de raison de changer ma vie. En y réfléchissant, je n'étais pas malheureux. Quand j'étais étudiant, j'avais beaucoup d'ambitions de ce genre. Mais quand j'ai dû abandonner mes études, j'ai très vite compris que tout cela était sans importance réelle.

Le soir, Marie est venue me chercher et m'a demandé si je voulais me marier avec elle. J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l'aimais. J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas. " Pourquoi m'épouser alors ?" a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier. D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui. "

 

- " A la fin, je me souviens seulement que, de la rue et à travers tout l'espace des salles et des prétoires, pendant que mon avocat continuait à parler, la trompette d'un marchand de glace a résonné jusqu'à moi. J'ai été assailli des souvenirs d'une vie qui ne m'appartenait plus, mais où j'avais trouvé les plus pauvres et les plus tenaces de mes joies : des odeurs d'été, le quartier que j'aimais, un certain ciel du soir, le rire et les robes de Marie. Tout ce que je faisais d'inutile en ce lieu m'est alors remonté à la gorge, et je n'ai eu qu'une hâte, c'est qu'on en finisse et que je retrouve ma cellule avec le sommeil. C'est à peine si j'ai entendu mon avocat s'écrier, pour finir, que les jurés ne voudraient pas envoyer à la mort un travailleur honnête perdu par une minute d'égarement, et demander les circonstances atténuantes pour un crime dont je traînais déjà, comme le plus sûr des châtiments, le remord éternel. La cour a suspendu l'audience et l'avocat s'est assis d'un air épuisé. Mais ses collègues sont venus vers lui pour lui serrer la main. J'ai entendu : " Magnifique, mon cher. " L'un d'eux m'a même pris à témoin : " Hein ? " m'a-t-il dit. J'ai acquiescé, mais mon compliment n'était pas sincère, parceque j'étais trop fatigué. "

Albert CAMUS

3f2a751cb9a798c42e8fd8d3cbc5ea9f.jpgCamus, Albert (1913-1960), écrivain français, auteur de l’Étranger et de la Peste, l’un des principaux acteurs de la vie intellectuelle française de l’après-guerre.

Né en Algérie dans une famille très modeste, orphelin de père, Albert Camus commence des études de philosophie au cours desquelles il fait la connaissance du professeur Jean Grenier, qui l’influencera beaucoup et lui fera découvrir Nietzsche. Atteint de la tuberculose, il ne peut achever ses études, mais soutient cependant en 1936 un diplôme d’études supérieures, « métaphysique chrétienne et néoplatonisme ». Parallèlement, il participe à des projets dramatiques, adaptant ou jouant des pièces de théâtre.

Un intellectuel engagé :

Lors de son bref passage au Parti communiste (1935-1937), il fonde et anime la troupe du Théâtre du Travail avec l’ambition de mettre les œuvres dramatiques classiques et contemporaines à la portée d’un public défavorisé. Il anime ensuite une autre compagnie, le Théâtre de l’Équipe, et publie sa première œuvre, l’Envers et l’Endroit (1937), une compilation d’essais littéraires sur des sujets assez divers où apparaissent, déjà, les grands thèmes de la maturité : la mort, le soleil, la Méditerranée, l’isolement, le destin de l’Homme, le rapprochement entre désespoir et bonheur, etc. Deux ans plus tard paraît Noces, qui mêle l’essai philosophique à la poésie lyrique.

À partir de 1938, Camus embrasse le journalisme, d’abord à Alger (Alger républicain, Soir républicain), puis à Paris (Paris-Soir), où il s’établit définitivement en 1942. C’est là que paraissent simultanément et dans la clandestinité le roman l’Étranger et l’essai le Mythe de Sisyphe (1942) ; deux œuvres remarquées qui exposent la philosophie de Camus et s’inscrivent dans ce que lui-même appelle le « cycle de l’absurde » (cycle que viendront par la suite compléter les pièces le Malentendu, 1944, et Caligula, 1945). Réformé pour raisons de santé en 1939, Camus joue un rôle très actif dans la Résistance, au sein du mouvement Combat. À la Libération, et jusqu’en 1947, il est le rédacteur en chef du journal Combat, aux côtés de Pascal Pia. Il se met aussi au service des grandes causes humanitaires internationales.

Il n’en poursuit pas moins son œuvre littéraire à un rythme soutenu avec, notamment, la création de ses pièces le Malentendu (1944) et Caligula (1945), puis la publication de son roman la Peste (1947), qui inaugure le cycle de la révolte et de la solidarité, dont font partie l’État de siège (1948) et les Justes (1949), mais surtout l’Homme révolté (1951). Ce dernier essai est à l’origine de la rupture définitive entre Camus et Jean-Paul Sartre, puisqu’il souligne clairement les divergences des deux écrivains sur la question de l’engagement.

En 1952, Albert Camus démissionne de son poste à l’UNESCO pour marquer sa réprobation devant la passivité de cette institution à l’égard de l’Espagne franquiste. Par la suite, en 1956, il s’engage de nouveau en tentant d’intervenir en faveur d’une trêve dans la guerre d’Algérie.

Il publie ensuite la Chute (1956), où il revient sur sa rupture avec l’existentialisme, ainsi qu’un recueil de nouvelles, l’Exil et le Royaume (1957) ; deux œuvres d’où émanent plus que jamais la nostalgie d’une altérité oubliée. La même année, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « avoir mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des Hommes ». Le 4 janvier 1960, alors qu’il travaille à un autre roman, le Premier Homme (posthume, 1994), il se tue dans un accident de voiture.

Philosophie de l'absurde :

Les romans, les essais et les pièces de théâtre de Camus sont marqués par sa réflexion philosophique et politique.

L’Étranger (1942), l’un de ses premiers ouvrages, se caractérise par un style extrêmement neutre — une écriture « blanche » — et méthodiquement descriptif. Le héros et narrateur, Meursault, un employé de bureau, y semble « étranger » à lui-même ; dépourvu de sentiments vis-à-vis des êtres et des situations, il donne l’impression d’agir de manière machinale. La lumière, le soleil, la chaleur semblent être la cause d’une soudaine précipitation des événements : sur une plage, à la suite d’une bagarre, il tue un homme de cinq coups de revolver, sans pouvoir fournir de véritable raison à son acte. C’est précisément dans ce décalage entre l’individu et le monde que se situe la dimension absurde de la condition humaine.

L’absurde comme réalité inhérente à la condition humaine est le thème central de la philosophie que Camus développe dans un premier temps. Le Mythe de Sisyphe, essai sur l’absurde, publié la même année que l’Étranger, aborde cette même idée d’un point de vue théorique : comme Sisyphe, condamné à pousser éternellement son rocher, l’Homme est voué à subir un enchaînement automatique d’expériences absurdes. Mais c’est paradoxalement dans la prise de conscience de cette situation qu’il se libère car, délivré de toute illusion, il peut alors chercher le bonheur en profitant du temps présent. Ainsi, à la fin de l’Étranger, dans sa cellule, la nuit précédant son exécution, Meursault, devenu conscient et libre, profite intensément des derniers instants de sa vie.

L'homme révolté :

Même si le monde n’a pas de sens, l’Homme ne saurait se passer d’une éthique ni renoncer à l’action. C’est donc l’engagement que Camus explore dans un second temps, en particulier dans son roman la Peste (1947). À Oran, dans les années quarante, des rats porteurs de la peste sont découverts et, dès la mort des premières victimes, les habitants placés en quarantaine et confrontés à leur sort présentent différentes formes de réaction : panique, indifférence, mysticisme ou résignation. Le docteur Rieux, bientôt rejoint par d’autres volontaires, décide de résister ; son petit groupe s’organise alors pour soulager la souffrance et combattre le fléau. Dans ce récit symbolique, la peste est naturellement un emblème du mal sous toutes ses formes ; mais elle agit aussi comme un révélateur qui met l’Homme face à lui-même, l’incitant au renoncement ou à la révolte.

La réflexion sur le thème de la révolte, commencée dans la Peste, est développée dans l’essai l’Homme révolté (1951). Camus y explique que la révolte naît spontanément dès que quelque chose d’humain est nié, opprimé ; elle s’élève, par exemple, contre la tyrannie et la servitude. Parce que la révolte n’est pas un principe abstrait, mais l’action nécessairement limitée d’un individu, elle représente, pour Camus, la seule « valeur médiatrice » permettant de dépasser — provisoirement — l’absurde.

11.11.2007

Loin des cris

40f5fee6c2591b9705886209af81429e.gif

 

     Loin des maux d'ici

     loin de tous ces cris,

     j'aimerais m'enfuir,

     ne jamais revenir.

 

     Lâcher ce spectacle

     qui toujours me tacle,

     ne plus me gameller

     en m'emmêlant les pieds.

 

     Devenir sourde

     quand claque la lourde

     derrière le fardeau

     qui courbe mon dos.

 

     Me laisser emporter

     par le dernier baiser

     celui de la peur

     qui fauche mon coeur.

 

     Car toutes ces visions

     ne sont pas illusions,

     et tout me porte à croire

     qu' ça reste sans espoir.

 

     Loin des maux d'ici

     loin de tous mes cris...

 

            Tommie

 

     illustration: Munch "le cri"

Juste un reste qui traînait depuis un petit moment  ;-(

Yves JAMAIT concert du 09/11/2007

c7e16c09d9e3a609b6e6dee156e49534.jpgAprès avoir été sctochés par Jamait aux Francofolies cet été, Yoann et moi avions hâte de le retrouver ce soir là. Accompagné de Nath, Yoann est descendu de sa banlieue pour partager cette fête ensemble. Et nous n'avons pas été déçus. Ce fut une soirée formidable, suivie d'une séance de dédicaces où Jamait et ses musiciens se sont montrés très avenants.

Mais comme depuis quelques semaines je manque d'inspiration et de mots, même pour les choses les plus simples, je suis incapable d'écrire une bafouille digne de ce nom sur cette soirée formidable.

Alors je vous invite à aller sur le blog de Matfanus (un tourangeau que nous avons eu le plaisir de rencontrer sur place) qui en a fait un beau résumé : http://matfanus.blogspot.com/2007/11/yves-jamait-toujours...

Sinon, il y a mon vieux  compte-rendu "un 14 juillet aux Francofolies" dans la catégorie "chansons, musiques, concerts", où vous pourrez retrouver différents liens vers des vidéos de Jamait...

Nath, je suis très heureuse d'avoir pu te rencontrer enfin et d'avoir partagé avec toi un peu de moi. Yoann, c'est toujours un plaisir de te retrouver...

 

 

01.11.2007

Amélie NOTHOMB Hygiène de l'assassin

Prétextat Tach, 83 ans et prix Nobel de littérature, va mourir. Cinq journalistes sont sélectionnés par son secrétaire pour réaliser les dernières interviews. Mais Tach est un véritable monstre : obèse et écoeurant, misanthrope, raciste, misogyne, prétentieux, pervers, cruel, cynique... et va s'amuser à humilier et épouvanter les quatre premiers journalistes, à les en rendre malades.

La cinquième journaliste, Nina, arrive avec des intentions toutes autres que celles de ses confrères. Elle a une idée derrière la tête, et forte de l'expérience des quatre premiers, s'arme de courage et d'une tactique toute différente. Elle est fermement décidée à entretenir Tach uniquement de son dernier roman, paru inachevé : "Hygiène de l'assassin"; roman qui cache un secret terrible vieux de 65 ans.

Dans une formidable joute verbale, Tach et Nina vont s'affronter comme des bêtes furieuses, chacun usant largement de ses armes, fussent-elles cruelles et perverses, la fin justifiant les moyens. Et peu à peu, Nina va obtenir ce qu'elle veut : la vérité et les détails sur ce qu'il s'est passé alors que Tach était adolescent, et qu'il n'a pas dévoilé "officiellement" dans Hygiène de l'assassin". Et écraser et humilier à son tour cet être odieux...

________________

Au travers du véritable combat qui va opposer Nina et Tach pour la découverte de la vérité, ce sont plusieurs thèmes qui vont être abordés : la misogynie, la mauvaise foi, les contradictions, la métaphore, l'inconscient. Et par là même, le rôle de la littérature. Une littérature que Tach a utilisé dans l'espoir d'être reconnu pour ce qu'il est vraiment, mais qui a échoué, considérant qu'il n'a pas été lu par de vrais lecteurs, tels Nina, qui elle a su voir, au travers de ce que les autres ont considéré comme des métaphores, le vrai Prétextat Tach.

_______________

Un roman qui tient de bout en bout, que l'on a pas envie de lacher avant la fin. Tout d'abord surpris par l'attitude odieuse de Tach envers les quatre premiers journalistes, on se soûle de la joute avec Nina, comme si l'on se vengeait soi-même de cette cruauté. Une joute au rythme effréné, qui emporte dans la folie de Tach et dans l'intelligence et la perspicacité de Nina. Une Nina au vocabulaire et aux arguments justes et incisifs.

Instructif, divertissant, étonnant, emballant... horrible et fou...

______________

Extraits :

- " - Allons, tu en rajoutes !

    - Au contraire, je ne trouverai jamais d'expression assez forte. Si vous aviez vu sa colère finale ! Je n'ai jamais vu colère si effrayante : à la fois subite et parfaitement maîtrisée. De la part de ce gros tas, je me serais attendu à des rougeurs, des boursouflures, des difficultés à respirer, des transpirations haineuses. Pas du tout, la fulgurance de cette rage n'avait d'égale que sa frigidité. La voix avec laquelle il m'a ordonné de sortir ! Dans mes fantasmes, c'est ainsi que parlaient les empereurs chinois quand ils commandaient une décollation immédiate. "

_____

- " - Peut-être. Entre temps, je sens que je vais m'amuser. J'adore écraser les gens, désarçonner la mauvaise foi dont vous êtes tous les suppôts. Et il y a un exercice qui me fait particulièrement jouir : humilier les femelles prétentieuses, les merdeuses dans votre genre.

    - Moi, mon divertissement de prédilection, c'est dégonfler les grosses baudruches satisfaites d'elles-mêmes.

    - Ce que vous venez de dire est tellement typique de votre époque. Aurais-je affaire à un moulinet à slogans ?

    - Ne vous inquiètez pas, monsieur Tach : vous aussi, par votre hargne réactionnaire, par votre racisme ordinaire, vous êtes typique de notre époque. Vous étiez fier, n'est-ce pas, de vous croire anachronique ? Vous ne l'êtes pas du tout. Historiquement, vous n'êtes même pas original : chaque génération a eu son imprécateur, son monstre sacré dont la gloire reposait uniquement sur la terreur qu'il inspirait aux âmes naïves. Est-il nécessaire de vous dire combien cette gloire-là est fragile et qu'on vous oubliera ? Vous aviez raison d'affirmer que personne ne vous lit. A présent, votre grossièreté et vos injures rappellent au monde votre existence ; quand vos cris se seront tus, plus personne ne vous lira. Et ce sera tant mieux. "

_____

- " - Mais si . Vous savez, il y a toujours une poignée de désoeuvrés, de végétariens, de critiques novices, d'étudiants masochistes ou encore de curieux qui vont jusqu'à lire les livres qu'ils achètent. C'était ces gens-là que je voulais expérimenter. Je voulais prouver que je pouvais impunément écrire les pires horreurs à mon sujet : cet acte d'autoaccusation, comme vous le formuliez avec justesse, est rigoureusement authentique. Oui, mademoiselle, vous aviez raison d'un bout à l'autre : dans ce bouquin, aucun détail n'est inventé. On pourrait bien sûr trouver des excuses aux lecteurs : personne ne sait rien de mon enfance, ce n'est pas le premier bouquin affreux que j'écris, comment imaginer que j'aie pu être si divinement beau, etc. Mais moi, j'affirme que ces excuses ne tiennent pas. Connaissez-vous la critique que j'ai lue dans un journal, il y a vingt-quatre ans, concernant Hygiène de l'assassin ? " Un conte de fées riche de symboles, une métaphore onirique du péché originel et, par là, de la condition humaine." Quand je vous disais qu'on me lisait sans me lire ! Je peux me permettre d'écrire les vérités les plus risquées, on n'y verra jamais que des métaphores. "

________________________________

 

Amélie NOTHOMB

4f4629a02b4a08498ba4f497e9ce63e8.jpgFille de l'ambassadeur et écrivain belge Patrick Nothomb, Amélie Nothomb est née au Japon, dans la ville de Kobé, le 13 août 1967. Profondément imprégnée par la culture nippone, celle-ci peut en effet se vanter d'être parfaitement bilingue dès l'âge de cinq ans. La jeune fille passe son enfance à suivre son père, de la Chine à la Birmanie en passant par New York ; une destinée d'expatriée et un sentiment de solitude qui l'incitent, petit à petit, à se replier sur elle-même.

Le débarquement en Belgique à l'âge de 17 ans, dans la patrie familiale, amplifie encore son mal-être. Se sentant rejetée dans sa nouvelle université où elle poursuit des études gréco-latines, elle découvre une culture et un mode de vie occidentaux qui lui avaient alors totalement échappés ; le choc est brutal.

C'est à partir de cette période qu'Amélie Nothomb commence à écrire, sans prétendre toutefois encore pouvoir vivre de sa plume. Elle continue en effet à chercher sa voie professionnelle, ce qui l'amène à retourner quelques temps au Japon. Auteur déjà de plus d'une vingtaine de manuscrits personnels, Amélie Nothomb décide de se lancer et publie à 25 ans son premier roman, Hygiène de l'assassin (1992), qui marque également son premier succès.

Véritable phénomène littéraire, la jeune femme enchaîne les publications à raison d'un livre par an, qui connaissent tous une impressionnante carrière commerciale. Le public apprécie le style romanesque et décalé de la jeune femme, toujours accompagné d'un humour subtil, mais qui le place directement face à ses pulsions intérieures. Parfois autobiographiques (Métaphysique des tubes) ou purement fictionnels (Les Catilinaires), ses romans sont nourris d'expériences personnelles mais qui pourraient être partager par tous.

Pour ne rien gâcher, l'excentricité de l'écrivain en font une invitée privilégiée des médias, la jeune femme n'hésitant pas à arborer des chapeaux extravagants ou un maquillage vif. Elle accompagne parfois ses prestations de quelques phrases percutantes, comme lors de l'émission Apostrophes où elle avait révélé à Bernard Pivot qu'elle se délectait de fruits pourris.

Stupeur et tremblements (1999) marque un tournant dans la carrière de la jeune femme. Déjà en raison de son triomphe (plus de 500 000 exemplaires vendus, son plus gros succès actuel, couronné par le Grand prix du roman de l'Académie Française), mais aussi vis-à-vis de la perception de son métier d'écrivain. Plus sage, plus discrète, Amélie Nothomb se défend dès lors d'une certaine extravagance passée et fuit les médias hors-période de promotion. Celle-ci préfère désormais se concentrer sur son travail (au moins quatre heures par jour, et ce dès quatre heures du matin) et partir sur les routes à la rencontre de ses lecteurs.

Ses livres sont parfois transposés au cinéma, comme Hygiène de l'assassin en 1998 et Stupeur et tremblements en 2003, et pour lequel Sylvie Testud reçoit le César de la Meilleure actrice. Il faudra patienter quelques mois encore pour connaître le successeur d'Antechrista, mais on peut d'ores et déjà vous dire que le manuscrit est prêt. En effet, Amélie Nothomb écrit environ trois livres par an, mais décide à chaque fois de n'en publier qu'un seul. Et de disparaître à nouveau ensuite.

 


Le site officiel d'Amélie Nothomb
 

mademoisellenothomb.free.fr

  Source : http://www.linternaute.com/sortir/auteurs/nothomb

Toutes les notes