15.02.2009
Le temps figé

Le temps s’arrête. D’un coup tout se fige.
Les aiguilles des horloges n’avancent plus, comme prises par le givre.
Les clochers des églises et des cathédrales se sont tus. Dieu avec.
Fini le gling-gling des tiroirs-caisses et de la monnaie sur le zinc.
Les cafés refroidissent. Les bières ne moussent plus. Les steak-frites ne sentent plus.
Les rictus restent idiots aux lèvres des métaphysiciens de comptoirs.
Pour une fois, les enfants pourraient traverser la rue sans risquer de se faire butter.
Les petites vieilles aussi. Et puis jouer au parc en toute tranquillité.
Leur innocence préservée des vautours planant autour de leur virginité.
Les feuilles mortes cessent de tourbillonner, entre ciel et terre. L’hiver ne viendra pas.
Les pauvres auraient moins souffert, mais ils ne le savent pas. C’est dommage.
On ne chantera pas « aujourd’hui on n’a plus le droit », en remplissant les caddies, de moins en moins.
Aux urgences, le panaris ne lance plus, et dans le box réa un cœur reste en suspend. On attend son tour patiemment.
Dans les étages, les infirmières sont entre deux courses. Les patients n’attendent pas en râlant.
On ne souffre plus. On ne soigne plus. On ne meure plus. Tout le monde à droit à une pause.
Entre République et Bastille, le défilé pose pour la photo. Les CRS, au repos, gardent leurs bombes lacrymos.
« Sarkozy au piloris, ta réforme… ». Le porte-voix n’a plus de souffle. Les bouches retiennent leurs cris.
Des poings restent levés, des têtes restent baissées. L’étudiant côtoie l’ouvrier, et la rage des casseurs qui ne cassent plus.
Aux assemblées nationales et internationales, on dirait qu’on était au courant.
Ca s’ennuie, ça baille, ça s’étire, ça ronfle même avant. Nos représentants doivent être devins.
D’ailleurs, les trois quarts ne se sont pas déplacés. Ils ont pris le temps de bien s’installer à la maison.
Dans les usines, les machines sont à l’arrêt. Leurs esclaves n’entendent plus le bruit
qui emplit leur quotidien. Les mains ne s’affairent plus. Les petits chefs n’espionnent plus.
Les patrons n’exploitent plus. Les actionnaires cessent de réclamer encore plus.
Au croisement des rues Giraudeau et Bastié, les pneus ne crissent plus, les tôles froissées ne grincent plus.
Une rigole d’essence stagne, le sang se coagule. L’enfant démantibulé projeté ne retombe pas.
Les badauds sont médusés. Un ange passe qui ne peut rien décider. La mort est suspendue.
En salle de travail, une petite tête brune vient d’apparaitre, mais n’ira pas plus loin.
Ca tombe plutôt bien : En un quart de seconde il a vu défiler sa destinée, et il n’a pas aimé.
Faut pas prendre bébé pour un couillon. Alors merci, mais non merci.
Un missile vient de toucher Gaza. Les victimes sont figées, la bouche ouverte sur un cri.
Le sang a jailli, à grands flots, mais il n’a pas eu le temps de s’écouler.
Ni les corps de s’écrouler. C’est pourtant pas haut un enfant…
Tommie
NB : c'est un peu expérimental mon truc là, pas vraiment une réussite ;-(
20:58 Publié dans Je m'essaye à l'écriture, au dessin, à la peintu | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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Commentaires
Ouh la ! c'est photographie détresse ! Divers clichés de société. Les images se construisent aisément à l'oeil interne.
Pour le rythme, ça change. Les rimes ? une petite gymnastique dont on peut très bien se passer...
Bisouille, bonne soirée !
Ecrit par : nath | 15.02.2009
Répondre à ce commentaireC'est curieux, je me suis pas encore aperçue que les horloges s'arrêtaient???
Pourtant, des fois, je voudrais bien... ;o))
Ecrit par : Minijupe | 17.02.2009
Répondre à ce commentairePas évident ton texte, Tommie !
Mais où veux-tu en venir ?
... tout est figé.. mais pourquoi ?
Cela ressemble à un arrêt sur image...
C'est donc la fin ?
Genre : ça y est, "nous y sommes ?" ;-)
Ecrit par : kris | 17.02.2009
Répondre à ce commentaireAh Kris, tu es en plein dedans : oui, c'est un arrêt du temps, mais pas pour dire que c'est la fin. C'est juste un petit trip que je me fais souvent pour ne pas avoir à affronter l'avenir. Une fuite dans le temps qui s'arrêterait. On reste sur ce qui est, qui est plus vivable que ce qui est à venir !
Mais grosse contradiction : si le temps se fige, toi aussi, donc tu ne peux apprécier cette pause, ce futur qui n'arrivera pas. Et quand le temps repart, ben c'est comme s'il ne s'était rien passé : tu n'as pas le sentiment d'avoir eu un temps de repos, et l'avenir est toujours en marche !!!
Voilà ;-)
Ecrit par : Tommie | 17.02.2009
Répondre à ce commentaireGenre particulier ,mais le ton y est et c'est tellement vrai !! (hélas) Bonne continuation avec les mots.
Ecrit par : béatrice | 17.02.2009
Répondre à ce commentaire, moi par je fais une de goutte !... mais ma trtteuse tourne toujours ;-)
Ecrit par : Le Doc. | 18.02.2009
Répondre à ce commentaire, sorry : une crise de goutte..
Ecrit par : Le Doc. | 18.02.2009
Répondre à ce commentaire, sorry : ma trotteuse..
Ecrit par : Le Doc. | 18.02.2009
Répondre à ce commentaireMerci Béa ;-)
Doc : l'horlogerie n'est plus ce qu'elle était ! Ca t'arrangerait pas toi que le temps se fige un peu ? N'est bientôt à la retraite notre bon vieux Doc'n roll ;-))
Ecrit par : Tommie | 18.02.2009
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