09.09.2007
A. GIACOMETTI Quelques oeuvres que j'aime
Il est difficile d'exprimer ce que l'on ressent face à une oeuvre d'art. Quant à dire
ce qu'on en pense ... !!! Même si une "explication" de l'oeuvre par l'artiste lui-même ou
par un critique "qualifié" est appréciable pour en appréhender le contexte et mieux
comprendre, je me situe moi dans une démarche d'esthétique et de ressenti très per-
-sonnels. Si je m'approche de ce que l'artiste a voulu faire passer, tant mieux. Sinon,
ce n'est pas important, seuls mon plaisir et ma réflexion comptent.
Je n'aime pas tout chez Giacometti (ni chez aucun artiste d'ailleurs). Je n'ai donc mis
dans l'album photos que les oeuvres qui me touchent et me plaisent. Aucune objectivité
dans ma démarche !
- La série des sculptures d'hommes et femmes immobiles ou en mouvement :
Homme traversant le square, l'Homme qui marche, la Femme debout, les Places, ...
J'adore le dépouillement physique de ses silhouettes longilignes, décharnées et
cabossées, comme si le personnage se tenait là dans sa réalité la plus crue, la plus vraie,
c'est-à-dire sans cette enveloppe charnelle qui lui donne une expression plus "personnelle".
Ces personnages ont justement, pour moi, un aspect impersonnel. Ils sont en quelque sorte
tous identiques dans ce qu'il y a de plus essentiel : l'humanité. Le reste n'est qu'apparence
et superflu. Le personnage est unique néammoins, et solitaire, malgré la multitude dans
laquelle il s'inscrit.
Ce personnage est aussi la misère et la souffrance. Dans son dénuement total, il montre
un corps (et un esprit) à vif. Décharné et cabossé, il me fait penser à la faim, la maladie,
la souffrance morale (jusqu'à la folie). Je ne peux m'empècher, en les regardant, de
penser aux combattants des guerres, aux rescapés des camps de la mort et des goulags,
aux réfugiés de tous les continents, aux écorchés-brûlés d'Hiroshima, aux contaminés de
Tchernobyl, aux intoxiqués de Bhopal... Je les vois comme l'incarnation de la souffrance
humaine provoquée par l'homme lui-même. Ils sont la vie et la mort en même temps...
Esthétiquement, j'aime cette maigreur, ou plutôt cette non-forme. Peut-être parcequ'elle
est l'opposé de ce que je suis, qu'elle représente un idéal (dans l'excès) rêvé, une presque
neutralité sexuelle. Je ne vois plus un homme ou une femme, seulement un être débarrassé
de caractéristiques physiques qui ne correspondent pas forcément à sa nature profonde,
comme le spirituel qui l'emporterait sur le "matériel".
Même si les à-côtés sont finalement la solitude, la souffrance et la mort, je les trouve beaux
et les envie. Les sculptures du chien et du chat en sont un peu le paroxysme en cela qu'ils
sont en plus dépourvus, du fait de leur non-humanité, de toute conscience de soi. Ils ne
sont qu'instinct ...
- La femme à la gorge tranchée : cette créature mi-humaine mi-animale est magnifique.
Moitié femme, moitié ... mante religieuse, cette femelle qui tue le mal après l'accouplement.
Voilà donc une femme qui se retrouve égorgée par elle-même. La symbolique sexuelle est
inévitable, mais je suis bien incapable de développer plus. En ai-je d'ailleurs envie ? Je la
trouve tout simplement belle, cruelle et mystérieuse...
- La table surréaliste : Au premier coup d'oeil, c'est amusant et ingénieux, il fallait y
penser. C'est très finement réalisé. Mais en y regardant de plus près, elle donne froid dans
le dos avec son tronc privé de jambes, si ce ne sont les pieds de la table, cette main coupée,
ce visage juvénile sur lequel transparaît l'horreur. C'est comme dans une histoire de science-
fiction, ou une image de cauchemar...
08:22 Publié dans dessin-peinture-sculpture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

