24.10.2008

Boris VIAN L'herbe rouge

225300135x.jpgL'ingénieur Wolf et son assistant Saphir Lazuli ont créé une machine - pour le compte de la municipalité - qui a la capacité de vous faire revivre votre passé et vos angoisses, puis de vous les faire oublier une fois sorti. Wolf, après un premier passage dans ce monde souterrain, ne peut s'empècher de recommencer, jusqu'à ce qu'il aille au bout du parcours des souvenirs et de l'oubli, courrant ainsi à sa perte.

Pendant ce temps, Lazuli, qui lui ne tente pas l'expérience de la machine, se retrouve confronté à un homme qui apparaît chaque fois qu'il s'apprête à prouver son amour et son désir à l'insouciante et fraiche Folavril. Un homme, ou un spectre, qui se volatilise dès son oeuvre de sape accomplie. Qui est cet homme qu'il est le seul à voir et dont il ne supporte pas la présence ? Jusqu'où ces visions le mèneront-il ?

Le Sénateur Dupont, le chien de la maison, n'a qu'un seul désir : avoir un wapiti pour lui seul. Wolf exhausse son voeux, et le Sénateur découvre la plénitude, et ses conséquences désastreuses.

Les femmes de la maison, Lil et Folavril, assistent, impuissantes à la métamorphose de tout ce petit monde...

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Un court roman bien agréable à lire si l'on est sensible au style fantastique, magique, onirique, de Vian.Une histoire qui vous pique de curiosité et qu'on lit d'une traite avec grand plaisir.

Mais les termes abordés - psychanalise, conditionnement, insatisfaction, manque de désir, indifférence, ...- sont à mon goût bien trop peu exploités et développés. On ne fait que les disserner, rapidement, sans approche plus profonde. Comme si Vian se contentait de lancer des pistes au lecteur, sensé lire entre les lignes et se renseigner plus avant de lui-même. Et cela m'a laissé grandement sur ma faim, avec une grosse pointe de déception. Trop souvent au cours de ma lecture, je me suis dit : "ben il se foule pas, il pourrait aller plus loin".

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 Wolf, aux prises avec son pessimisme suicidaire, son narcissisme et son incommunicabilité, ne s'adapte pas à la vie d'adulte, ne supporte pas les tensions du passé et est incapable de se projeter dans l'avenir.

Souvenirs intimes, crises personnelles et relationnelles, parodie de psychanalise, voyage dans le temps et l'au-delà, tissent le fil de l'histoire, composent une réflexion angoissante et drôle à la fois, associant satire et psychologie, comique et tragique.

L'herbe rouge nous présente un monde totalement double. Lieux, décors, temps, personnages, expériences physiques et introspection, contrastes. Deux mondes se croisent, se touchent, se mèlent, s'emmèlent : le réel et le fictionnel, la vie et la mort.

A l'inverse de la science-fiction de ses contemporains et de ses prédecesseurs (Wells, Verne ...) qui emporte d'un univers stable et cohérent vers un monde étrange, imaginaire,futuriste ou fantastique, Vian joue l'inversion : le monde réel, ordinaire, est fantastique et insolite, onirique et loufoque ; les voyages science-fictionnels de Wolf dans la machine mènent à la vérité de Wolf, son propre microcosme intérieur, le vrai de l'individu.

On retrouve avec plaisir l'originalité du monde de Vian. Des couleurs aux objets, des loisirs à la fanfare, de la luxure au sadisme, du chien qui parle au wapiti-esclave ..., on nage en plein dans l'univers onirique et fabuleux de ses romans.

Vian marque également uns différence entre hommes et femmes. Non de façon sexiste, mais pour cerner dans l'incidence de la nature et de l'éducation des sexes les tensions opposées, les tentatives contraires des êtres pour se comprendre eux-mêmes, les autres et le monde, leurs capacités inégales de résister et de survivre, d'être heureux ou non.

Alors que le chien, comblé par la possession du wapiti, s'enfonce dans le gâtisme de la satisfaction totale et destructrice, Wolf poursuit la quête de son identité et de la perfection au nom de la conscience. Lazuli, lui, est plutôt aux prises avec une mauvaise conscience qui le hante, et dont l'homme-spectre qui le poursuit symbolise un bloquage relationnel et sexuel. Et tous trois parviennent au même résultat : la mort.

Les personnages féminins incarnent la part positive et optimiste du monde. Elles ont tous les bonheurs des sens, sont naturelles et généreuses. Dénuées d'égocentrisme, elles échappent à la prison morale, et rebondissent toujours vers la liberté. Elles préservent leur vie, contrairement à la vocation suicidaire de l'homme.

Vian rêgle des comptes personnels et sociaux dans ce roman. Lui donnant une valeur universelle, il offre un échappatoire humouristique à un constat pessimiste sur l'homme et son univers. La satire explose les rites de la société organisée en une caricature grotesque au bilan désastreux. La psychanalise n'est pas épargnée, Vian restant très sceptique envers toute théorie globalisante ou totalitaire, et ce, malgré la mode "psy" depuis les années 40.

Finalement, le seul paradis réel pour Vian-Wolf semble être l'enfance telle qu'elle est évoquée dans le roman, tant que les parents et l'école n'interviennent pas.

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Extraits :

- " _ Qu'est-ce que tu as ? dit-il.

Son reflet fit un geste d'ignorance.

_ De quoi tu as envie ? dit encore Wolf. L'air n'est pas mauvais, par ici.

Sa main s'approcha du mur et manoeuvra l'interrupteur. La pièce, d'un coup, tomba dans le noir. Seule l'image de Wolf restait éclairée. Elle prenait sa lumière d'ailleurs.

_ Qu'est-ce que tu fais pour t'en sortir ? continua Wolf. Et pour te sortir de quoi, d'ailleurs ?

Le reflet soupira. Un soupir de lassitude. Wolf se mit à ricaner.

_ C'est ça, plains-toi. Rien ne marche en somme. Tu vas voir mon bonhomme. Je vais entrer dans cette machine.

Son image parut assez ennuyée.

_ Ici, dit Wolf, qu'est-ce je vois ? Des brumes, des yeux, des gens... des poussières sans densité... et puis ce sacré ciel comme un diaphragme.

_ Reste tranquile, dit nettement le reflet. Pour ainsi dire, tu nous casses les pieds.

_ C'est décevant, hein ? railla Wolf. Tu as peur que je ne sois déçu quand j'aurai tout oublié ? Il vaut mieux être déçu que d'espérer dans le vague. De toute façon, il faut savoir. Pour une fois que l'occasion se présente... Mais réponds donc, bougre !...

Son vis-à-vis restait muet, désaprobateur.

_ Et la machine ne m'a rien coûté, dit Wolf. Tu te rends compte ? C'est ma chance. La chance de ma vie, voui. Je la laisserais passer ? Pas question. Une solution qui vous démolit vaut mieux que n'importe quelle incertitude. T'es pas d'accord ? "

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- " Mais savez-vous , Monsieur Brul, que c'est ignoble, d'imposer à des enfants une régularité d'habitudes qui dure seize ans ? Le temps est faussé, Monsieur Brul. Le vrai temps n'est pas mécanique, divisé en heures, toutes égales... le vrai temps est subjectif... on le porte en soi... Levez-vous à sept heures tous les matins... Déjeunez à midi, couchez-vous à neuf heures... et jamais vous n'aurez une nuit à vous... jamais vous ne saurez qu'il y a un moment, comme la mer s'arrête de descendre et reste, un temps, étale, avant de remonter, où la nuit et le jour se mêlent et se fondent, et forment une barre de fièvre pareille à celle que font les fleuves à la rencontre de l'océan. On m'a volé seize ans de nuit, Monsieur Brul. On m'a volé ça... entre autres... On m'a volé mon but, Monsieur Brul. On m'a fait croire , en sixième, que passer en cinquième devait être mon seul propos... en première, il m'a fallu le bachot... et ensuite un diplôme... Oui, j'ai cru que j'avais un but, Monsieur Brul ...et je n'avais rien... J'avançais dans un couloir sans commencement, sans fin, à la remorque d'imbéciles, précédant d'autres imbéciles. On roule la vie dans des peaux d'ânes comme on met dans des cachets les poudres amères, pour vous les faire avaler sans peine... mais voyez-vous, Monsieur Brul, je sais maintenant que j'aurais aimé le vrai goût de la vie. "

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19.09.2007

René BARJAVEL La nuit des temps

     Une expédition scientifique internationnale découvre en Antarctique les vestiges d'une civilisation vieille de 900 000 ans. Une civilisation loin d'être primitive, puisque les habitants de Gondawa vivaient dans l'harmonie la plus totale, à l'abri de tout besoin. En effet, ils possèdaient le savoir qui leur permettait de tout obtenir à partir du Rien ! Une civilisation que les terriens d'aujourd'hui vont découvrir au travers du couple de "survivants" qui a été sauvé grâce à la cryogénie.

Elea et Coban: les deux élus pour renaitre à la vie lorsque la Terre serait de nouveau habitable, après sa pollution et ses destructions lors de la guerre contre les belliqueux d'Enisoraï. Elea parcequ'elle était la plus parfaite physiquement, moralement et intellectuellement; Coban parcequ'il était le plus abouti dans la sagesse et la connaissance, notamment de l'équation de Zoran, clef de toute la vie.

Mais Elea, l'élue, était déjà unie à l'homme qu'elle aimait plus que tout, son double, son complément : Païkan ...

Face à la découverte d'un tel potentiel de puissance et de résolution des problèmes de la condition humaine actuelle, comment vont réagir les scientifiques et les "penseurs" sur place, les peuples du monde entier, les gouvernements de toute la planète ? Sauront-ils enfin s'unir pour le bien de tous ? ...

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     On peut distinguer trois thèmes principaux dans ce roman, qui sont l'amour, la solitude, et la bêtise humaine.

- L'amour submerge tout le livre:

* Celui entre Elea et Païkan, si pur et inconditionnel, que seule la mort peut les séparer, que la vie n'est pas imaginable par l'un sans l'autre. Un amour d'autant plus parfait qu'il est passé par la "Désignation" (cérémonie qui désigne, en Gondawa, l'âme soeur de chaque personne, sans erreur possible).

* L'amour de Simon pour Elea. Un amour impossible car Elea ne pense qu'à Païkan. Un amour à sens unique, immédiat, que Simon mettra à profit pour protéger Elea, sans ressentir la moindre amertume. Un amour qu'Elea comprendra malgré tout, elle qui placera toute sa confiance et son innocence en Simon.

* L'amour, enfin, entre les peuples. Des peuples tentés de se rassembler, se reconnaitre, dans l'amour entre Elea et Païkan. Et au plus près d'Elea, les acteurs de la mission scientifique, qui, tels Hoover l'américain et Léonova la russe, finissent par s'aimer, tout du moins s'apprécier, malgré toutes leurs différences.

- La solitude:

* Il y a la solitude d'Elea bien-sûr, séparée de force de Païkan, et qui 900 000 ans plus tard se retrouve projetée dans une autre civilisation dont les valeurs et les coutumes sont totalement différentes.

* Mais il y a surtout la solitude de Simon, qui dès le premier regard tombe éperdument amoureux d'Elea, et dès le début sait que cet amour ne se concrétisera jamais. Chacun de ses propos est marqué par une profonde solitude et une touche de désespoir. Il est transpercé autant de douleur que d'amour. Mais jamais il ne montre de dépit, tout entier acquis à la cause d'Elea, pret à la défendre contre tout et tous. Une solitude renforcée par le fait qu'il la comprend mieux que les autres, qu'il ne la quitte jamais.

- La bêtise et la folie humaine:

C'est la folie des hommes (surtout ceux d'Enisoraï) qui détruisit Gondawa, allant jusqu'à polluer la surface de toute la Terre et la décaller de 40° de son axe. Et c'est elle à nouveau qui met en péril tout le savoir que détient Coban, l'équation de Zoran, alors que l'humanité aurait pu être sauvée.

Barjavel prend garde de désigner quiconque (personne ou nation) pour le vol du savoir, pour justement que la folie des hommes, et donc de la planète toute entière soit, une fois de plus, la coupable. Alors que l'humanité détenait la solution à la fin de ses souffrances, sa soif de pouvoir et sa folie la conduit à détruire tout espoir, par sa propre faute.

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     J'ai aimé cette lecture moins que la première fois, il y a une quinzaine d'années. Peut-être parcequ'ayant perdu mon côté fleur bleue, j'ai été moins touchée et "tenue" par les différentes histoires d'amour (et de solitude amoureuse). Par contre, j'ai apprécié ce que je n'avais même pas capté à l'époque, à savoir "l'internationalisme" de la folie humaine, la cupidité, la soif de pouvoir.   C'est aussi une approche tout en douceur de la science-fiction, idéale pour la ménagère de 50 ans, qui n'accrocherait pas avec les robotes, les martiens, les esprits démoniaques.   Une histoire peut-être trop démodée pour les jeunes ados aguerris aux mangas et autres jeux vidéos ultra speeds...

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Extraits:

- " Dans notre isolement de glace, nous avions oublié les haines misérables et stupides du monde. Elles s'étaient encore enflées et raidies pendant ces trois années. Leur monstrueuse imbécilité évoquait pour moi des chiens énormes enchaînés les uns en face des autres, chacun tirant sur sa chaîne en râlant de fureur et ne pensant qu'à la rompre pour aller égorger le chien d'en face. Sans raison. Simplement parce que c'est un autre chien. Ou, peut-être, parce qu'il en a peur ..."

 

- " Je le savais.  

    Je regardais tes lèvres. Je les ai vues trembler d'amour au passge de son nom.

    Alors j'ai voulu te séparer de lui, tout de suite, brutalement, que tu saches que c'était fini, depuis le fond des temps, qu'il ne restait rien de lui, pas même un grain de poussière quelque part mille fois emporté par les marées et les vents, plus rien de lui et plus rien du reste, plus rien de rien... Que tes souvenirs étaient tirés du vide. Du néant. Que derrière toi il n'y avait plus que le noir, et que la lumière, l'espoir, la vie étaient ici dans notre présent, avec nous.

    J'ai tranché derrière toi avec une hache.

    Je t'ai fait mal.

    Mais toi, la première, en prononçant son nom, tu m'avais broyé le coeur."

 

- " Pourtant nous sommes tous pareils ... Nous avons quelque chose en commun qui est plus fort que nos différences: c'est le besoin de connaître. Les littérateurs appellent ça l'amour de la science. Moi, j'appelle ça la curiosité. Quand elle est servie par l'intelligence, c'est la plus grande qualité de l'homme. Nous appartenons à toutes les disciplines scientifiques, à toutes les nations, à toutes les idéologies. Vous n'aimez pas que je sois un Russe communiste. Je n'aime pas que vous soyez de petits capitalistes impérialistes lamentables et stupides, empêtrés dans la glu d'un passé social en train de pourrir. Mais je sais, et vous savez que tout ça est dépassé par notre curiosité. Vous et moi, nous voulons savoir. Nous voulons connaître l'Univers dans tous ses secrets, les plus grands et les plus petits. Et nous savons déjà une chose, c'est que l'homme est merveilleux, et que les hommes sont pitoyables, et que chacun de notre côté, dans notre morceau de connaissance et dans notre nationalisme misérable, c'est pour les hommes que nous travaillons. Ce qu'il y a à connaître ici est fantastique. Et ce que nous pouvons en tirer pour le bien des hommes est inimaginable. Mais si nous laissons intervenir nos nations, avec leur idiotie séculaire, leurs généraux, leurs ministres et leurs espions, tout est foutu ! "

 

 

 

 

 

  

14.09.2007

LOVECRAFT L'affaire Charles Dexter Ward, +4 nouvelles

 Lovecraft, " Par delà le mur du sommeil " aux éditions

Denöel, recueil de quatre nouvelles et un roman :

L' affaire Charles Dexter Ward

     1- Par delà le mur du sommeil
     Hiver 1900-1901. Joe Slater, montagnard rustre,
sans instruction, sans loi ni morale, intellectuellement
limité, fait des rêves, toujours les mêmes ( " ses visions
sont d'une précision et d'une beauté telles qu'il faut
bien croire qu'une âme exceptionnelle est prisonnière
de ce corps grossier "), et qui, au réveil, le plongent dans
une violence inouie, jusqu'au jour où il tue son voisin
venu voir ce qui se passait.
     Emprisonné dans un centre psychiatrique, un interne
s'interresse à son cas, et décide d'utiliser une machine
de son invention, sensée lui faire vivre le rêve de Slater
au moment où il se déroule. Ce qu'il va découvrir est
au-delà de l'imaginable...
     Extrait :
     " De toute mon enquête il résultait : que dans une
sorte de vie onirique semi-corporelle Slater errait ou
flottait à travers de resplendissants et prodigieux vallons,
prairies, jardins, cités et palais de lumière, dans une
contrée sans limite et inconnue de l'homme ; que là il
n'était ni paysan ni dégénéré, mais une créature
d'importance et d'une vie éclatante, se déplaçant
fièrement, avec autorité, et contrecarrée seulement
par un certain ennemi mortel, qui semblait un être de
structure visible bien qu'éthérée, sans avoir apparemment
forme humaine, car Slater n'en parlait jamais comme
d'un homme ou quoi que ce soit d'autre qu'une chose.
Cette chose avait fait à Slater un mal atroce mais
innommé, que le fou (s'il était fou) brûlait de venger. "
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     2- Les rats dans les murs :
     En 1923, un américain vient s'installer dans la
propriété de ses ancètres, au Pays de Galles, après
trois siècles d'abandon. Une demeure qui vit de terribles
tragédies s'abattre sur cette famille maudite.
Rapidement, le propriétaire des lieux est réveillé
la nuit par des bruits de cavalcades de rats énormes à
l'intérieur des murs. Intrigué et apeuré, il engage une
équipe pluridisciplinaire de spécialistes pour étudier les
plus bas niveaux de la propriété où semblent se
précipiter les rats. Une crypte jusque là inexplorée
révèle alors ses secrets...
     Extrait :
     " Quelques pas de plus et nous eûment littéralement
le souffle coupé par ce que nous vîment ; si littéralement
que Thornton, le chercheur en métaphysique, s'évanouit
bel et bien dans les bras de l'homme stupéfait qui se
trouvait derrière lui. Norrys, son visage joufflu
absolument pâle et défait, ne poussa qu'un cri inarticulé ;
quant à moi, j'émis, je crois, une sorte de soupir ou de
sifflement en posant une main sur mes yeux. Derrière
moi, le seul qui fût mon aîné dans le groupe grommela
un banal "Mon Dieu !" de la voix la plus fêlée que j'ai
jamais entendue. Sur sept hommes cultivés, seul
Sir William Brinton garda son sang-froid ; ce n'était que
plus méritoire car, marchant en tête, il devait avoir tout
vu le premier. "
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     3- Le monstre sur le seuil :
     Daniel Upton est en prison pour avoir tué son
meilleur ami, Edward Derby, dans sa cellule de la
maison de santé d'Arkham. Mais il affirme ne pas
l'avoir assassiné, mais vengé, purgeant ainsi "la terre
d'un fléau qui aurait pu par la suite déchaîner sur le
genre humain des épouvantes indiscibles".
Ed Derby, qui depuis son mariage avec la jeune
Asenath, la fille du "sorcier" Ephraïm, semble se
métamorphoser physiquement et tient des propos
étranges et inquiètants, comme si son enveloppe
charnelle devenait le "refuge" de quelqu'un d'autre.
Et si des gens savaient des secrets sur l'univers, que
nul ne devrait connaître ?...
     Extrait :
     " Les visites d'Edward se firent désormais un peu
plus fréquentes et ses allusions, parfois, se précisèrent.
Ce qu'il disait était incroyable, même dans cet Arkham
séculaire et hanté de légendes ; mais il me jetait son
ténébreux savoir avec tant de sincérité et de conviction
que je craignis pour sa raison. Il évoquait de terribles
assemblées dans des lieux solitaires, des ruines
cyclopéennes au coeur des forêts du Maine, sous les-
-quels de larges escaliers menaient aux abîmes de
nocturnes secrets, d'angles complexes qui conduisaient
à travers des murs invisibles en d'autres régions de
l'espace et du temps, et d'hideux échanges de
personnalité qui permettaient l'exploitation de lieux
interdits et lointains, sur d'autres planètes, dans un
continuum spatio-temporeldifférent. "
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     4- Celui qui hantait les ténèbres :
     Robert Blake, jeune écrivain et peintre, ferru
d'occultisme et de fantastique, est retrouvé mort
derrière la fenêtre fermée de son bureau, semble t-il
touché par la foudre. Sur son visage, le masque de
l'horreur.
Quel rapport avec l'église désaffectée de Federal Hill,
celle qu'il observa si longtemps à la jumelle avant
d'oser si rendre ? Pourquoi les habitants du quartier
refusent-ils de parler de cette église qu'ils n'approchent
pas et qu'ils considèrent comme marquée par les
puissances du mal ? Quelle est cette pierre trapèzohèdre
étincelante qu'il y découvre et qui semble exercer un
pouvoir d'attraction inquiétant ?...
     Extrait :
     " Plusieurs années auparavant,l'église avait
appartenu à une secte maléfique qui faisait surgir des
créatures abominables hors du gouffre de la nuit. Il
avait fallu un bon prêtre pour exorciser ces démons,
mais certaines personnes prétendaient que la lumière
suffisait à les chasser. Si le Père O' Malley avait encore
été de ce monde, il aurait pu raconter maintes histoires...
A présent, il n'y avait plus rien à faire : si on ne s'occupait
pas de l'église, elle ne faisait de mal à personne. Ses
anciens propriétaires étaient morts ou en fuite ; ils
avaient décampé en 1877, quand les autorités avaient
commencé à s'inquiéter de la disparition de plusieurs
habitants du quartier. Un jour ou l'autre, la municipalité
prendrait possession de l'église, faute de trouver des
héritiers. Mais mieux vaudrait ne pas y toucher et la
laisser tomber en ruine, pour éviter de réveiller certaines
créatures qui reposaient dans le noir abîme de la nuit."
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     5- L'Affaire Charles Dexter Ward :
     Interné à l'âge de 26 ans dans une maison de santé
mentale, Charles Dexter Ward disparait mystérieusement
de sa cellule après la visite du Dr Willett qui le connait
depuis sa naissance.
Ferru d'archéologie et d'antiquité, Charles se met à
s'interresser à son trisaeuïl Joseph Curwen, dont les
activités étranges et inquiétantes conduisirent un
groupe d'hommes à l'assassiner quelques 177 ans plus
tôt.
Charles enquète, allant jusqu'en Europe, pour
découvrir les secrets de Curwen, entre livres anciens,
tombes et poudres étranges. A mesure qu'il avance,
autour de lui on s'inquiète de la métamorphe dont il
semble être l'objet.
A quelles expériences se livre t-il, que l'on entend
imprécations et sent d'étranges odeurs ? Qui sont
ces gens dont les noms ressurgissent du passé comme
s'ils étaient vivants ?
Après l'internement de Charles, le Dr Willett enquète
à son tour, et retrace le parcours de celui-ci, allant de
stupeur en horreur...
     Extrait :
     "Quelle voix ou quelle conscience infernale, quelle
ombre ou présence malfaisante étaient venues
répondre aux rites secrets de Charles Ward derrière
la porte verrouillée ? Ces voix qu'on entendait
s'affronter -- "Il faut le garder rouge trois mois"--
grand Dieu ! N'était-ce pas juste avant la vague de
vampirisme ? Le viol de la vieille tombe d'Ezra Weeden,
et les cris plus tard à Pawtuxet - qui donc avait préparé
la vengeance et redécouvert les lieux maudits des
premiers blasphèmes ? Et puis le bungalow, l'étranger
barbu, les commérages, et la peur. Ni le père ni le
médecin ne pouvaient prétendre expliquer la démence
finale de Charles, mais ils avaient la certitude que
l'esprit de Joseph Curwen était revenu sur terre et
poursuivait ses anciennes profanations. La possession
diabolique serait-elle une réalité ?"
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          Mon avis :
     Au hasard de mes errances dans les rayons de la
Fnac, en quête de nouveaux auteurs de polards et
autres thrillers, je suis tombée sur ce recueil de Lovecraft.
Résumé alléchant en couverture, boulimique de lectures,
je prends. Et là c'est la claque !!!
Ni révolver ni couteau, ni étalage de chaires ni médecin
légiste, ni récit cru de violence et de perversion...
Le fantastique et l'épouvante sont là, mais tout est
suggéré plutôt que décrit avec force détails "visuels".
Les mystères et l'horreur sont dans les ambiances, les
odeurs, les bruits, les attentes, les questionnements,
les hypothèses...
Le suspens nous tient jusqu'au bout, et jusqu'au bout
Lovecraft nous fait pénétrer, presque secrètement,
dans un autre espace-temps.
Lovecraft, c'est aussi un style d'écriture appréciable
auquel je n'étais plus habituée. Un vocabulaire riche,
des phrases bien construites, pas d'argot. Le beau parler
du début du XXème siècle n'est pas négligé au profit de
l'histoire.
     De ces 4 nouvelles et ce roman, ma préférence va à
L'Affaire Charles Dexter Ward. Assez logiquement car
le roman, plus long, permet de mieux pénétrer l'univers
lovecraftien.
Une déception : Celui qui hantait les ténèbres, trop mou
pour mon goût, pas assez énigmatique et développé.
Une certitude pour conclure : me plonger dès que possible
dans les "grands" textes de HPL, fondateurs du mythe,
à savoir : L'Appel du Cthulhu, La Couleur tombée du ciel,
L'Abomination de Dunwich, etc ... Et dans ses poèmes
fantastiques.
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