19.09.2007
René BARJAVEL La nuit des temps
Une expédition scientifique internationnale découvre en Antarctique les vestiges d'une civilisation vieille de 900 000 ans. Une civilisation loin d'être primitive, puisque les habitants de Gondawa vivaient dans l'harmonie la plus totale, à l'abri de tout besoin. En effet, ils possèdaient le savoir qui leur permettait de tout obtenir à partir du Rien ! Une civilisation que les terriens d'aujourd'hui vont découvrir au travers du couple de "survivants" qui a été sauvé grâce à la cryogénie.
Elea et Coban: les deux élus pour renaitre à la vie lorsque la Terre serait de nouveau habitable, après sa pollution et ses destructions lors de la guerre contre les belliqueux d'Enisoraï. Elea parcequ'elle était la plus parfaite physiquement, moralement et intellectuellement; Coban parcequ'il était le plus abouti dans la sagesse et la connaissance, notamment de l'équation de Zoran, clef de toute la vie.
Mais Elea, l'élue, était déjà unie à l'homme qu'elle aimait plus que tout, son double, son complément : Païkan ...
Face à la découverte d'un tel potentiel de puissance et de résolution des problèmes de la condition humaine actuelle, comment vont réagir les scientifiques et les "penseurs" sur place, les peuples du monde entier, les gouvernements de toute la planète ? Sauront-ils enfin s'unir pour le bien de tous ? ...
__________________________________________________________________
On peut distinguer trois thèmes principaux dans ce roman, qui sont l'amour, la solitude, et la bêtise humaine.
- L'amour submerge tout le livre:
* Celui entre Elea et Païkan, si pur et inconditionnel, que seule la mort peut les séparer, que la vie n'est pas imaginable par l'un sans l'autre. Un amour d'autant plus parfait qu'il est passé par la "Désignation" (cérémonie qui désigne, en Gondawa, l'âme soeur de chaque personne, sans erreur possible).
* L'amour de Simon pour Elea. Un amour impossible car Elea ne pense qu'à Païkan. Un amour à sens unique, immédiat, que Simon mettra à profit pour protéger Elea, sans ressentir la moindre amertume. Un amour qu'Elea comprendra malgré tout, elle qui placera toute sa confiance et son innocence en Simon.
* L'amour, enfin, entre les peuples. Des peuples tentés de se rassembler, se reconnaitre, dans l'amour entre Elea et Païkan. Et au plus près d'Elea, les acteurs de la mission scientifique, qui, tels Hoover l'américain et Léonova la russe, finissent par s'aimer, tout du moins s'apprécier, malgré toutes leurs différences.
- La solitude:
* Il y a la solitude d'Elea bien-sûr, séparée de force de Païkan, et qui 900 000 ans plus tard se retrouve projetée dans une autre civilisation dont les valeurs et les coutumes sont totalement différentes.
* Mais il y a surtout la solitude de Simon, qui dès le premier regard tombe éperdument amoureux d'Elea, et dès le début sait que cet amour ne se concrétisera jamais. Chacun de ses propos est marqué par une profonde solitude et une touche de désespoir. Il est transpercé autant de douleur que d'amour. Mais jamais il ne montre de dépit, tout entier acquis à la cause d'Elea, pret à la défendre contre tout et tous. Une solitude renforcée par le fait qu'il la comprend mieux que les autres, qu'il ne la quitte jamais.
- La bêtise et la folie humaine:
C'est la folie des hommes (surtout ceux d'Enisoraï) qui détruisit Gondawa, allant jusqu'à polluer la surface de toute la Terre et la décaller de 40° de son axe. Et c'est elle à nouveau qui met en péril tout le savoir que détient Coban, l'équation de Zoran, alors que l'humanité aurait pu être sauvée.
Barjavel prend garde de désigner quiconque (personne ou nation) pour le vol du savoir, pour justement que la folie des hommes, et donc de la planète toute entière soit, une fois de plus, la coupable. Alors que l'humanité détenait la solution à la fin de ses souffrances, sa soif de pouvoir et sa folie la conduit à détruire tout espoir, par sa propre faute.
___________________________________________________________________
J'ai aimé cette lecture moins que la première fois, il y a une quinzaine d'années. Peut-être parcequ'ayant perdu mon côté fleur bleue, j'ai été moins touchée et "tenue" par les différentes histoires d'amour (et de solitude amoureuse). Par contre, j'ai apprécié ce que je n'avais même pas capté à l'époque, à savoir "l'internationalisme" de la folie humaine, la cupidité, la soif de pouvoir. C'est aussi une approche tout en douceur de la science-fiction, idéale pour la ménagère de 50 ans, qui n'accrocherait pas avec les robotes, les martiens, les esprits démoniaques. Une histoire peut-être trop démodée pour les jeunes ados aguerris aux mangas et autres jeux vidéos ultra speeds...
___________________________________________________________________
Extraits:
- " Dans notre isolement de glace, nous avions oublié les haines misérables et stupides du monde. Elles s'étaient encore enflées et raidies pendant ces trois années. Leur monstrueuse imbécilité évoquait pour moi des chiens énormes enchaînés les uns en face des autres, chacun tirant sur sa chaîne en râlant de fureur et ne pensant qu'à la rompre pour aller égorger le chien d'en face. Sans raison. Simplement parce que c'est un autre chien. Ou, peut-être, parce qu'il en a peur ..."
- " Je le savais.
Je regardais tes lèvres. Je les ai vues trembler d'amour au passge de son nom.
Alors j'ai voulu te séparer de lui, tout de suite, brutalement, que tu saches que c'était fini, depuis le fond des temps, qu'il ne restait rien de lui, pas même un grain de poussière quelque part mille fois emporté par les marées et les vents, plus rien de lui et plus rien du reste, plus rien de rien... Que tes souvenirs étaient tirés du vide. Du néant. Que derrière toi il n'y avait plus que le noir, et que la lumière, l'espoir, la vie étaient ici dans notre présent, avec nous.
J'ai tranché derrière toi avec une hache.
Je t'ai fait mal.
Mais toi, la première, en prononçant son nom, tu m'avais broyé le coeur."
- " Pourtant nous sommes tous pareils ... Nous avons quelque chose en commun qui est plus fort que nos différences: c'est le besoin de connaître. Les littérateurs appellent ça l'amour de la science. Moi, j'appelle ça la curiosité. Quand elle est servie par l'intelligence, c'est la plus grande qualité de l'homme. Nous appartenons à toutes les disciplines scientifiques, à toutes les nations, à toutes les idéologies. Vous n'aimez pas que je sois un Russe communiste. Je n'aime pas que vous soyez de petits capitalistes impérialistes lamentables et stupides, empêtrés dans la glu d'un passé social en train de pourrir. Mais je sais, et vous savez que tout ça est dépassé par notre curiosité. Vous et moi, nous voulons savoir. Nous voulons connaître l'Univers dans tous ses secrets, les plus grands et les plus petits. Et nous savons déjà une chose, c'est que l'homme est merveilleux, et que les hommes sont pitoyables, et que chacun de notre côté, dans notre morceau de connaissance et dans notre nationalisme misérable, c'est pour les hommes que nous travaillons. Ce qu'il y a à connaître ici est fantastique. Et ce que nous pouvons en tirer pour le bien des hommes est inimaginable. Mais si nous laissons intervenir nos nations, avec leur idiotie séculaire, leurs généraux, leurs ministres et leurs espions, tout est foutu ! "
19:17 Publié dans Roman, nouvelles ( science-fiction, fantastique, é | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14.09.2007
LOVECRAFT L'affaire Charles Dexter Ward, +4 nouvelles
Lovecraft, " Par delà le mur du sommeil " aux éditions
Denöel, recueil de quatre nouvelles et un roman :
L' affaire Charles Dexter Ward
03:40 Publié dans Roman, nouvelles ( science-fiction, fantastique, é | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

