15.09.2008

Serge BRUSSOLO Le Chien de Minuit

51N95A3E66L__SL500_AA240_.jpgParcequ'il n'a pas voulu jouer jusqu'au bout le contrat malhonnête que sa maison d'édition lui avait imposé, David se fait virer, sans pouvoir prétendre à aucun droit. Il se retrouve alors à la rue, SDF. La rue et son cortège de violences. Il s'allie alors avec Ziggy, ex surfeur, qui lui apprend les rudiments de la survie.
Mais, à Los Angeles, on survit mieux sur les toits des buildings que dans la rue. David et Ziggy vont alors devoir faire leurs preuves pour être acceptés dans le gang de Mokes, chacun avec ses propres armes, ses propres talents. Ce qui n'est pas évident pour David l'intello pas sportif et plutôt trouillard.
Mais il est un toit que tous les gangs convoitent : celui du 1224 Horton Street, au luxueux complexe de loisirs, sur lequel le concierge, Dodstone, veille avec un zèle jusqu'auboutiste. Un zèle qui réduit en bouillie tous ceux qui ont essayé de laisser leur signature après avoir escaladé les 40 étages de l'immeuble.
Alors, du toit d'en face, Mokes et son gang espionnent et se préparent à relever le défi. Ziggy y a également repéré la belle Lorrie, qui est parfaite. Parfaite pour mourir sous son unique balle, telle une oeuvre d'art...
                             --------------------------------------------
Prix du roman d'aventure en 1994, Le chien de minuit nous conduit dans l'univers urbain infernal de l'Amérique d'aujourd'hui. Une critique acerbe de l'Amérique des yuppies, des friqués, qui refusent de voir ce qui se passe sous leur nez.
Le premier roman de Brussolo que j'ai découvert, un certain 11/12/98, à l'occasion d'une fête du livre, où pour un acheté on s'en voyait attribuer un autre gratos.
Une découverte bien sympa je dois dire. Le chien de minuit m'a donné envie d'en lire d'autres, et, de façon boulimique, j'en ai dévoré une bonne trentaine. Des romans tous différents, qui vont du thriller à la science-fiction, dans lesquels Brussolo démontre une imagination sans limite.
Une lecture facile (mais bien écrite) qui chaque fois m'a tenue de bout en bout. Une oeuvre pour amateurs de suspense, de violence, de mondes étranges ou inconnus, de personnages torturés ou hantés par une quête ou une obsession...
                               ---------------------------------------------
Extraits :
- " De manière assez ironique, cette propension à la rêverie qu'on lui avait tant reprochée au cours des années écoulées, avait permis à David de trouver sa place dans la rue, et une place privilégiée. Du jour au lendemain il était sorti du nombre et l'on s'était mis à avoir des égards pour lui. Il était celui qui remplaçait radio et télévision, celui qui, par la magie de sa voix, meublait les heures de solitude et d'ennui. Ziggy avait immédiatement perçu les avantages qu'on pourrait tirer de ce don. Il était devenu le manager de David. Ainsi il avait instauré les séances payantes. Si l'on voulait écouter David, on se devait de donner quelque chose : deux cigarettes, un peu de nourriture, une pièce de monnaie. Il fallait payer son ticket d'entrée, comme il aimait à le répéter. Les vagabonds acceptaient sans trop rechigner tant la magie du conteur était puissante à leurs yeux, tant elle leur permettait, l'espace d'une heure ou deux, d'oublier leur triste condition. "
                                     -----------------------------------
- " David ne trouvait pas très rassurant que tous les gangs installés au sommet des immeubles fussent au courant de ce qu'il allait faire ce soir... mais d'autre part personne ne connaissait sa véritable identité - même Ziggy n'avait jamais su son nom - on pouvait donc considérer que son incognito était préservé.
Il s'engagea dans l'escalier d'incendie, les jambes en coton. Les gants de toile réglementaire buvait la sueur de ses paumes, ce qui lui évitait d'avoir à s'essuyer trop fréquemment les mains sur un mouchoir. Pinto le précédait, en silence. Sa mission consistait à s'installer dans la cabine téléphonique faisant face au 1224 et à former le numéro de l'immeuble dès que l'équipe de nettoyage franchirait le seuil du hall.
De mauvaises idées trottaient dans la tête de David. Il imaginait Pinto, chuchotant dans le micro :
- Hé ! Monsieur Dogstone : ça recommence, ils vous envoient un autre type. Déguisé en balayeur. Il va se planquer sur le toit pour vous attendre.
D'ailleurs n'était-ce pas de cette manière que les choses s'étaient passées le soir où Ziggy avait trouvé la mort ? David serra les mâchoires à s'en faire mal et fixa le dos du voyou. Est-ce que Pinto était capable d'une telle saloperie ? Pourquoi pas ? Il n'avait manifestement guère apprécié la façon dont les deux nouveaux l'avaient éclipsé. Quand David aurait disparu à son tour, les choses redeviendraient comme avant. "
                                 -----------------------------------
- " La journée du lendemain fut plus éprouvante encore. La chaleur grimpa très vite entre les parois de l'appartement, et le volet de fer, bombardé par les rayons du soleil, devint si chaud qu'on ne pouvait y poser la main sans se brûler. C'était à croire qu'un incendie couvait derrière ce rempart de tôle articulé.
David estima qu'au plus fort de l'après-midi, la chaleur ambiante dépasserait les soixante degrés.
Lorrie émergea de la chambre vêtue du même maillot de bain que la veille. Ses cheveux en désordre collaient sur ses joues et son front. Elle fit quelques pas et se laissa tomber dans un fauteuil. Son premier geste consista à saisir une tasse pour puiser dans la cuvette d'eau. Elle but le liquide tiède comme s'il s'agissait d'une bière fraiche, n'en laissant pas perdre une goutte. David serra les dents. Le stratagème du concierge fonctionnait à merveille. Il lui avait suffi de tourner un robinet sur une vanne d'alimentation pour installer une annexe de la Vallée de la Mort dans l'un des appartement du trentième étage. "

08.12.2007

Jean-Christophe GRANGE Le concile de pierre

7dd2c637b225388906da9118bc6fe901.gifDiane Thiberge, jeune éthologue de 30 ans à l'esprit rationnel, parvient, après de longues démarches, à adopter un garçonnet dans un orphelinat thaîlandais, enfant qu'elle prénomme Lucien. Traumatisée durant son adolescence par une mystérieuse agression, Diane s'était en effet résolue à ne jamais avoir d'amant.

Mais à peine Diane et Lucien commencent-ils à se découvrir, qu'un terrible accident de voiture plonge Lucien dans un coma profond. Et alors que l'état de celui-ci le conduit vers une mort certaine, un étrange médecin allemand apparait, qui, grâce à une occulte séance d'accupuncture parvient à sauver l'enfant. Mais le médecin allemand, auquel personne n'a fait appel, est assassiné la nuit même dans les murs de l'hopital.

En proie au doute, Diane, dans l'attente du réveil de Lucien, commence à enquêter sur les réelles origines de son fils, et les causes exactes de l'accident. Prête à tout pour découvrir la vérité, Diane va devoir affronter des tueurs implacables dans ses recherches qui la conduiront jusqu'au coeur de la taîga mongole, découvrant les véritables origines de Lucien et le passé mystérieux d'un site nucléaire à l'abandon, au fin fond de la Sibérie, qui abritait un laboratoire de parapsychologie aux pratiques atroces...

__________________________

Comme à son habitude, Grangé parvient toujours à surprendre et maintenir l'attention du lecteur. Dès le 1er chapitre, le suspens laisse augurer une intrigue complexe riche en rebondissements.

Les évènements s'enchainent à un rythme soutenu. Seuls 5 chapitres en fin de roman ralentissent un peu pour permettre au lecteur de saisir la complexité de l'intrigue et le rôle exact de chacun des personnages.

Le glissement vers le paranormal et le fantastique est progressif. Si la 1ère partie du roman évoque à peine les médecines parallèles à travers l'accupuncture, la 2ème partie s'attarde sur les pouvoirs psi de certains personnages (hypnose, psychokinèse). Le glissement vers le paranormal est bien entendu freiné par le rationnalisme de Diane, mais la 3ème partie explore finalement ce versant en présentant les chamans, la magie tsévène, et le fantastique atteint son paroxysme dans le combat final.

_________________________

Selon moi, un excélent thriller si l'on accepte d'entrer dans le jeu du paranormal. Esprits trop rationnalistes s'abstenir, risque d'allergie !!!

_________________________

Extraits :

- " _ Lorsque que vous regardez une rivière, vous voyez l'eau, l'écume, les herbes qui s'agitent parmi les flots, mais vous ne voyez pas le principal : le courant, le mouvement, la vie du cours d'eau...Qui oserait prétendre que le corps humain ne fonctionne pas de la même façon ? Qui oserait dire dire que, sous la complexité de la circulation sanguine, des pulsations cardiaques, des sécrétions chimiques, il n'existe pas un seul courant qui anime tout ela : l'énergie vitale ?

Elle niait encore de la tête. L'homme n'était plus qu'à quelques centimètres. Leur dialogue prenait une résonnance de confessionnal :

_ Les rivières ont leur source, leurs réseaux souterrains, invisibles au regard. La vie humaine possède elle aussi ses origines secrètes, ses nappes phréatiques. Toute une géographie profonde qui échappe à la science moderne mais qui s'organise à l'intérieur de notre corps.

Diane demeurait immobile, le visage plongé dans l'ombre. Ce que l'homme ignorait, c'est qu'elle connaissait ce discours : combien de fois avait-elle entendu ses maîtres de wing-chun déblatérer sur le chi, l'énergie vitale, le yin et le yang et tous ces trucs ! Mais elle n'était pas cliente. Au contraire, son triomphe, sur les tatamis, démontrait à ses yeux la vacuité de ces thèses : on pouvait être une championne de boxe shaolin et se moquer totalement de ces valeurs. Pourtant la voix s'insinuait dans sa conscience. "

_________

- " L'anthropologue conclut :

- cet enfant porte un message.

Il ajouta, d'une voix timide où vibrait la peur :

- Un message qui a été gravé au feu et qui est, disons le mot, "programmé" pour apparaître en cas de fièvre, grâce à la chaleur qui émane du corps de l'enfant. C'est totalement... incroyable. En fait, le seul moyen de déchiffrer cette date, c'est la fièvre de Lucien.

Diane n'écoutait plus les explications. Ses propres réponses explosaient dans sa conscience. Elle était sûre que le second Lucien portait les mêmes brûlures. Les " Lüü-Si-An " arboraient, au bout des doigts, une date, qui n'apparaissait qu'au moment de leur transe. Ils étaient des Messagers. Mais à qui était destinée cette date ? Et que signifiait-elle?

En un tour d'esprit, elle formula la première réponse : sans aucun doute, cette date était destinée à des hommes tels que Rolf van Kaen, Philippe Thomas et Eugen Talikh. Des hommes qui avaient appartenu à l'équipe du tokamak et qui attendaient ce message pour revenir sur les lieux de leur passé. "

__________

- " - Ce silence, comment vous l'expliquez ?

Kamil haussa les épaules.

- A vrai dire, il peut tout signifier. Soit que les chercheurs n'ont absolument rien trouvé, pas même de quoi rédiger un rapport. Soit, au contraire, qu'ils ont effectué des découvertes significatives. Des découvertes qui méritaient qu'on les dissimule.

Diane comprit qu'elle possédait la réponse à cette question. Oui : quelque chose d'important avait été découvert dans ce laboratoire. Quelque chose qui concernait non seulement la nature des facultés psi, mais qui permettait de les développer.

Elle n'avait pas oublié les prodiges qui avaient ponctués ces dernières semaines. Un accupuncteur qui sauvait un enfant condamné par la médecine traditionnelle. Un psychologue qui ouvrait une boucle de métal par la seule force de son esprit. Et maintenant Eugen Talikh, qui manifestait une véritable clairvoyance en matière de phénomènes cosmiques. Comment ne pas penser que ces hommes, entre 1969 et 1972, avaient découvert dans leur laboratoire une technique qui leur permettait d'isoler et de maîtriser les forces occultes de l'homme ? Comment ne pas imaginer qu'ils partageaient, depuis trente ans, ce secret unique ? "

___________

- " La chaman était là, maintenant, toute proche. La bête entre ses poings hurlait toujours, dressant des crocs affûtés, véhéments. La vieille approcha le monstre de la brûlure. Diane baissa les yeux vers son ventre saupoudré de talc. Sous les traînées blanches, la peau s'était gonflée, gaufrée, craquant déjà par endroits sous la poussée irréversible de la putréfaction. En un ultime cambrement, elle voulut s'échapper mais la stupéfaction la paralysa.

La sorcière venait de plaquer l'animal sur sa plaie, écrasant le corps de fourrure sur les chaires purulentes. En un déclic, les yeux du rongeurs se voilèrent d'une pellicule écarlate - un film de sang. La chaman passait et repassait la boule de poils sur la plaie avec acharnement, obstination - une espèce d'application forcenée.

Telle était l'obscure logique de l'intervention : la magicienne cherchait à effacer les stigmates de l'atome à l'aide du rongeur. Elle utilisait l'animal comme une éponge de souffrance, un aimant curateur qui allait balayer les marques du feu et aspirer la mort.

Alors tout se déroula en quelques secondes. "

______________________________