08.12.2007
Jean-Christophe GRANGE Le concile de pierre
Diane Thiberge, jeune éthologue de 30 ans à l'esprit rationnel, parvient, après de longues démarches, à adopter un garçonnet dans un orphelinat thaîlandais, enfant qu'elle prénomme Lucien. Traumatisée durant son adolescence par une mystérieuse agression, Diane s'était en effet résolue à ne jamais avoir d'amant.
Mais à peine Diane et Lucien commencent-ils à se découvrir, qu'un terrible accident de voiture plonge Lucien dans un coma profond. Et alors que l'état de celui-ci le conduit vers une mort certaine, un étrange médecin allemand apparait, qui, grâce à une occulte séance d'accupuncture parvient à sauver l'enfant. Mais le médecin allemand, auquel personne n'a fait appel, est assassiné la nuit même dans les murs de l'hopital.
En proie au doute, Diane, dans l'attente du réveil de Lucien, commence à enquêter sur les réelles origines de son fils, et les causes exactes de l'accident. Prête à tout pour découvrir la vérité, Diane va devoir affronter des tueurs implacables dans ses recherches qui la conduiront jusqu'au coeur de la taîga mongole, découvrant les véritables origines de Lucien et le passé mystérieux d'un site nucléaire à l'abandon, au fin fond de la Sibérie, qui abritait un laboratoire de parapsychologie aux pratiques atroces...
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Comme à son habitude, Grangé parvient toujours à surprendre et maintenir l'attention du lecteur. Dès le 1er chapitre, le suspens laisse augurer une intrigue complexe riche en rebondissements.
Les évènements s'enchainent à un rythme soutenu. Seuls 5 chapitres en fin de roman ralentissent un peu pour permettre au lecteur de saisir la complexité de l'intrigue et le rôle exact de chacun des personnages.
Le glissement vers le paranormal et le fantastique est progressif. Si la 1ère partie du roman évoque à peine les médecines parallèles à travers l'accupuncture, la 2ème partie s'attarde sur les pouvoirs psi de certains personnages (hypnose, psychokinèse). Le glissement vers le paranormal est bien entendu freiné par le rationnalisme de Diane, mais la 3ème partie explore finalement ce versant en présentant les chamans, la magie tsévène, et le fantastique atteint son paroxysme dans le combat final.
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Selon moi, un excélent thriller si l'on accepte d'entrer dans le jeu du paranormal. Esprits trop rationnalistes s'abstenir, risque d'allergie !!!
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Extraits :
- " _ Lorsque que vous regardez une rivière, vous voyez l'eau, l'écume, les herbes qui s'agitent parmi les flots, mais vous ne voyez pas le principal : le courant, le mouvement, la vie du cours d'eau...Qui oserait prétendre que le corps humain ne fonctionne pas de la même façon ? Qui oserait dire dire que, sous la complexité de la circulation sanguine, des pulsations cardiaques, des sécrétions chimiques, il n'existe pas un seul courant qui anime tout ela : l'énergie vitale ?
Elle niait encore de la tête. L'homme n'était plus qu'à quelques centimètres. Leur dialogue prenait une résonnance de confessionnal :
_ Les rivières ont leur source, leurs réseaux souterrains, invisibles au regard. La vie humaine possède elle aussi ses origines secrètes, ses nappes phréatiques. Toute une géographie profonde qui échappe à la science moderne mais qui s'organise à l'intérieur de notre corps.
Diane demeurait immobile, le visage plongé dans l'ombre. Ce que l'homme ignorait, c'est qu'elle connaissait ce discours : combien de fois avait-elle entendu ses maîtres de wing-chun déblatérer sur le chi, l'énergie vitale, le yin et le yang et tous ces trucs ! Mais elle n'était pas cliente. Au contraire, son triomphe, sur les tatamis, démontrait à ses yeux la vacuité de ces thèses : on pouvait être une championne de boxe shaolin et se moquer totalement de ces valeurs. Pourtant la voix s'insinuait dans sa conscience. "
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- " L'anthropologue conclut :
- cet enfant porte un message.
Il ajouta, d'une voix timide où vibrait la peur :
- Un message qui a été gravé au feu et qui est, disons le mot, "programmé" pour apparaître en cas de fièvre, grâce à la chaleur qui émane du corps de l'enfant. C'est totalement... incroyable. En fait, le seul moyen de déchiffrer cette date, c'est la fièvre de Lucien.
Diane n'écoutait plus les explications. Ses propres réponses explosaient dans sa conscience. Elle était sûre que le second Lucien portait les mêmes brûlures. Les " Lüü-Si-An " arboraient, au bout des doigts, une date, qui n'apparaissait qu'au moment de leur transe. Ils étaient des Messagers. Mais à qui était destinée cette date ? Et que signifiait-elle?
En un tour d'esprit, elle formula la première réponse : sans aucun doute, cette date était destinée à des hommes tels que Rolf van Kaen, Philippe Thomas et Eugen Talikh. Des hommes qui avaient appartenu à l'équipe du tokamak et qui attendaient ce message pour revenir sur les lieux de leur passé. "
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- " - Ce silence, comment vous l'expliquez ?
Kamil haussa les épaules.
- A vrai dire, il peut tout signifier. Soit que les chercheurs n'ont absolument rien trouvé, pas même de quoi rédiger un rapport. Soit, au contraire, qu'ils ont effectué des découvertes significatives. Des découvertes qui méritaient qu'on les dissimule.
Diane comprit qu'elle possédait la réponse à cette question. Oui : quelque chose d'important avait été découvert dans ce laboratoire. Quelque chose qui concernait non seulement la nature des facultés psi, mais qui permettait de les développer.
Elle n'avait pas oublié les prodiges qui avaient ponctués ces dernières semaines. Un accupuncteur qui sauvait un enfant condamné par la médecine traditionnelle. Un psychologue qui ouvrait une boucle de métal par la seule force de son esprit. Et maintenant Eugen Talikh, qui manifestait une véritable clairvoyance en matière de phénomènes cosmiques. Comment ne pas penser que ces hommes, entre 1969 et 1972, avaient découvert dans leur laboratoire une technique qui leur permettait d'isoler et de maîtriser les forces occultes de l'homme ? Comment ne pas imaginer qu'ils partageaient, depuis trente ans, ce secret unique ? "
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- " La chaman était là, maintenant, toute proche. La bête entre ses poings hurlait toujours, dressant des crocs affûtés, véhéments. La vieille approcha le monstre de la brûlure. Diane baissa les yeux vers son ventre saupoudré de talc. Sous les traînées blanches, la peau s'était gonflée, gaufrée, craquant déjà par endroits sous la poussée irréversible de la putréfaction. En un ultime cambrement, elle voulut s'échapper mais la stupéfaction la paralysa.
La sorcière venait de plaquer l'animal sur sa plaie, écrasant le corps de fourrure sur les chaires purulentes. En un déclic, les yeux du rongeurs se voilèrent d'une pellicule écarlate - un film de sang. La chaman passait et repassait la boule de poils sur la plaie avec acharnement, obstination - une espèce d'application forcenée.
Telle était l'obscure logique de l'intervention : la magicienne cherchait à effacer les stigmates de l'atome à l'aide du rongeur. Elle utilisait l'animal comme une éponge de souffrance, un aimant curateur qui allait balayer les marques du feu et aspirer la mort.
Alors tout se déroula en quelques secondes. "
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03:32 Publié dans Thrillers, polars | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

